* Mémoires olfactives, L’Eau sauvage de Valérie Mréjen et des cannelés sans moules idoines

19 Août

Mémoire olfactivePeau sucrée par vous

Les oreillers du lit de ses parents,

La peau de sa petite sœur,

La fumée sucrée et vanillée de la pipe,

Les cahiers neufs,

Le bois ciré du buffet de l’entrée,

Le cigarillo,

Les draps de son lit d’enfant,

Le fart des skis dans la chaufferie du chalet,

Les roses de la maison de mes grands-parents,

L’Old Spice,

La fleur d’oranger des gâteaux au yaourt,

L’air pur et fumé du plateau du Vercors,

Le malibu sur cette robe,

Le parfum d’intérieur de ses parents,

Shalimar.

Ses cheveux.

Fragrances précieuses. Imprimés inconscients. Petites miettes téléportatrices vers nos meilleurs – ou pires – souvenirs. L’essentiel s’y résume. Fumet intime, impossible à partager, mais que l’on aimera évoquer tout de même.

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°   °   °

Eau Sauvage de Valérie Mréjen n’aborde pas directement la question de ces petites senteurs vous restant dans le nez. Le nom de ce parfum n’y est même pas cité. Et pourtant, le livre en est rempli. On l’ouvre et voilà l’eau de toilette du père qui embaume les pages. Les petits paragraphes de trois à six lignes se succèdent. Légèrement culpabilisant, comme peuvent parfois l’être nos parents, légèrement redondants, comme leurs propos. Drôle, parce que l’accumulation de ces fragments de conversation permet, paradoxalement, de s’en détacher, et finalement d’en rire.

Valérie Mréjen - Eau sauvage par vous

« Allô, bonjour ma chérie tu vas bien ? Je t’ai téléphoné hier, mais ça ne répondait pas. Ah, tu étais sortie.»

« Tu as des nouvelles de ta sœur ? Non ? Tu ne l’as pas appelé ? Tu pourrais lui téléphoner, lui demander ce qu’elle fait, comment elle va, ce serait gentil. Vous ne communiquez pas.»

°

°  °

°   °   °

Il n’est pas non plus question de cannelés dans ce petit livre. Et pour être honnête, je n’ai pas de souvenirs olfactifs particuliers avec ces petits gâteaux. Je n’en mange pas souvent et crains d’ailleurs d’en acheter en boulangerie. Je les aime tièdes, presque un peu chauds, sortant du four. J’aime leur croquant extérieur, le moelleux élastique intérieur. C’est un peu gras quand même. Mais qu’est-ce que c’est bon. Après on en a du caramel sur les doigts. Cela fait du bien.

J’ai eu beau googler « cannelés sans moules à cannelés », rien n’est sorti. À croire que réaliser ces petits bruns sans le moule adéquat est une hérésie. Un peu comme un kougelhof sans moule à kougelhof. Cela ne se fait pas.

Cannelés sans moules idoines 1 par vous

Alors, j’ai sorti tous les moules du placard, les moules à muffins, les minuscules moules demi-sphère  à petits financiers et les moules à cake individuels.

Résultats des courses :

Les meilleurs résultats vont aux moules à cake individuels, remplis au tiers. Il y a beaucoup plus de surface caramélisée, et en remplissant au tiers, le moelleux est conservé.

Viennent ensuite les moules à muffins (diamètre 4 ou 5 ctm). Moins de caramélisation, plus de moelleux.

Derniers, mais pas moins bons, juste différents, les minis moules à financiers (demi-sphère d’un diamètre de 2 ctm au plus). On ne peut pas à proprement parler de cannelés mais plutôt de demi-boule de croquant. À tenter avec le café.

À la fin du temps de cuisson, nous étions encore au téléphone. Nous avons fait un sort aux minis hémisphères d’abord, ponctuées de pousse en l’air et de « mmh, pas mal » chuchotés la main sur le combiné. Au dessert, ce fut le tour des minis-cakes. Aucun survivant. Toujours pas de photos. Seuls les rescapés cannelés-muffins ont eu le privilège d’une fixation numérique.

Ingrédients

– 1/2 litre de lait entier,

– 2 gousses de vanille donnée par une amie qui, faisant le vide dans sa cuisine, a gentiment pensé à vous,

– 225 g de sucre glace dont vous ne vous êtes toujours pas servis pour faire des macarons,

– 2 œufs + 1 jaune,

– 125 g de farine,

– 50 g de beurre,

– 2 c. à s. de vieux rhum.

Recette

Le cannelé se prépare la veille. Prenez vos envies en patience.

Fendre les gousses de vanille, bien les gratter. Ajouter le lait. Porter à ébullition. Laisser bien infuser. Jusqu’à tiédissement.

Pendant ce temps-là, mélanger le reste des ingrédients ensemble : beurre fondu + sucre + œufs + farine + rhum.

Ajouter le lait à cette préparation et réserver au frais jusqu’au lendemain.

Préchauffer le four à 210 °. Enfourner les cannelés pour 10 minutes à cette température. Pour les minis hémisphère seulement 4 minutes. Puis redescendre à 180° et poursuivre la cuisson pendant 35 minutes.

Les cannelés doivent bien brunir. Vous verrez de petites bulles se former à l’intérieur du moule. Syndrôme kouign Amman. C’est le caramel qui se forme. Le début des réjouissances.

15 Réponses to “* Mémoires olfactives, L’Eau sauvage de Valérie Mréjen et des cannelés sans moules idoines”

  1. gracianne 19 août, 2008 à 11:16 #

    Chouette article, ca se lit comme un livre. J’aime bien.

  2. Squatteuse 19 août, 2008 à 11:33 #

    Et pourquoi la personne au téléphone n’a pas eu aussi droit à un petit cannelé, hein ?
    C’est pas juste de la faire saliver comme ça….
    Des moules à cannelés: une chouette idée de cadeau d’anniversaire (ça vient de passer…); de rentrée alors (beaucoup plus proche) ?

  3. auseptiemedelatour 19 août, 2008 à 8:03 #

    Gracianne : Merci pour ce commentaire. J’en rosie-rougie-brunie de plaisir ! J’aimerais que l’on puisse dire cela de ma thèse. À la fin. Mais c’est quand la fin ?

    Squatteuse : Je projette un repas de rentrée fondue / cannelés rien que pour toi. J’imagine déjà les souvenirs olfactifs que cela va nous faire…

  4. les chéchés 20 août, 2008 à 6:28 #

    j’ai beaucoup aimé valérie Mréjen… je suis tombée, une fois, sur un de ses livres d’artiste… je regrette de ne pas avoir eu le temps de le feuilleter… j’aime son écriture, ces petits paragraphes, comme des extraits de vie, même si mon préféré reste l’agrume. c’est, en tout cas, celui qui m’a le plus touchée…

  5. auseptiemedelatour 20 août, 2008 à 9:27 #

    Les chéchés : Ah … L’agrume … ! Oui, je l’ai beaucoup aimée aussi ! L’amour jusqu’à l’écœurement … ou pas ! Cela me rappelle quelqu’un … Mais qui ? ! J’ai effectivement vu que V. Mréjen n’écrivait pas que des petits livres mais qu’elle était aussi artiste plasticienne. Il faudra que je regarde ça avec un peu plus d’attention lors de ma prochaine “virée” à la librairie !

    Vrai plaisir de prolonger cette lecture ici.

  6. Cathy 20 août, 2008 à 1:38 #

    Alors moi aussi çà me gonfle d’acheter des moules exprès pour les cannelés, mais honnêtement, il n’y a pas photo, avec des vrais moules on a beaucoup plus de surface caraméliséee croquante, et c’est çà qui est bon
    PS j’adore les photos de toi lisant tes livres, je te copierais bien pour les livres de cuisine, c’est top
    PS 2 très sympa ton article, un vrai plaisir à lire

  7. auseptiemedelatour 20 août, 2008 à 2:17 #

    Cathy : J’ai bon espoir sur l’apparition soudaine d’un moule à cannelé. En plus, dans ma recherche googleïstique sur « cannelés sans moules », un post de Miss Diane (du 2 septembre) est sorti … Avec comme titre « Mini-cannelé thym pecorino » … Le recyclage-des-moules-que-je-n’ai-pas-encore est tout trouvé !

    Pour ce qui est des photos, je n’ai pas encore déposé le concept du « moi cachée derrière mes livres » (terrible euphémisme). Il est donc encore temps de la copier allègrement !

    Et pour le plaisir de lire, c’est un plaisir bien partagé :)

  8. patoumi 20 août, 2008 à 2:33 #

    L’expo au Jeu de Paume de Valérie M. était délicieuse, Sa liste rose une source de sourires quand il fait froid et que l’âme est un peu bleue et en plus, elle sait parler comme personne De Jean Eustache, des brocantes et de Jeanne Dielmann (dans Ping Pong)
    Des baisers!

  9. auseptiemedelatour 20 août, 2008 à 2:58 #

    Patoumi : Que d’horizons ! Je suis encore dans l’ignorance complète de cette liste rose, de J. Eustache et de J. Dielmann (dans Ping Pong) ! Merci pour ces nouvelles perspectives :)

  10. ~marion~ 21 août, 2008 à 7:58 #

    J’ai une batterie de moules à cannelés qui se languit dans le placard, peut-être faudrait-il que je lui présente une recette telle que la tienne?
    Joli blog tout en rondeurs & jolies photos tout en douceur. Merci pour ce beau voyage…

    Mon odeur fétiche du moment? La première de la journée, celle qui s’évade de la boîte de café moulu à 6h45…

  11. p. l. 22 août, 2008 à 11:01 #

    Oh mais c’est moi !!!!! :-)

  12. saperlipopote ! 24 août, 2008 à 9:13 #

    découverte heureuse d’un dimanche matin d’avant marché qu’est chez toi, par lien interposé des chéchés…
    les souvenirs olfactifs, quel beau sujet. c’est drôle parce que justement j’ai trouvé une crème de jour qui me rappelle une autre que ma mère me mettait quand on allait au ski… j’ai la sensation tous les matins que je vais dévaler les pistes !
    je reviendrais vous voir

  13. La Mangue 24 août, 2008 à 8:12 #

    Et des cannelés sans moule à cannelé et sans four, c’est possible tu crois ? ;-)

  14. fofie 29 septembre, 2008 à 1:28 #

    bein justement, c’est ce que j’ai fait, j’ai googuelisé « cannelés sans moules à cannelés » et c’est sur toi que je tombe.. merci du coup j’ai ma réponse.. je vais éviter.. ;)

  15. rêves de tables 9 février, 2010 à 9:43 #

    J’aime bien votre blog : ses commentaires, son ton, sa pertinence. J’ai beaucoup apprécié me balader au fil des pages. Merci pour cette pause détente.

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