Lettre à P. – Comme une réponse à un courrier qui ne m’était pas destiné.

12 Oct

Chère P.,

J’ai trouvé ce matin sur mon bureau ta lettre. Bien que ne m’étant pas destinée, je n’ai pas pu résisté à l’idée de l’ouvrir et de la lire. Bardée de culpabilité, je me suis assise n’importe comment sur l’accoudoir de ma chaise et ai déchiré un peu brutalement la belle enveloppe. M’en suis encore plus voulue. La fiction me permet néanmoins d’affirmer que P. ne le verra pas et que, comme la lettre se trouvait à la vue du plus grand nombre, tu ne m’en voudras pas trop non plus.

Une agréable odeur de tomates farcies s’en est dégagée, m’offrant ainsi une nouvelle obsession culinaire. Oui, cela fait longtemps que je n’ai pas pris la peine de vous raconter tout ça, mais au cours de ces derniers mois, de drôles de choses se sont passées. Figure toi que je suis prise d’envies inconsidérées de certains plats … que je me fais un plaisir de ne pas préparer. Pêle-mêle, il y a eu :

  • le ceviche mangue et avocat du Mexique – pourvu de goût que sur une plage -,
  • les rouleaux de printemps du C. L. –  seulement si l’on est bien accompagné -,
  • la fondue de la rentrée – que je voulais à tout prix manger devant l’ordinateur, en visioconférence avec mon oncle -,
  • les vrais hamburger – j’ai gardé un milliard de recettes sur delicious ; les ai visionnées autant de fois. Étais tenaillée entre un appétit incroyable et une sclérose redoutable. On m’a récemment appris qu’un restaurant de vrais hamburger digne des frères Coen était caché à deux minutes de la maison. J’ai délaissé les fiches recettes.
  • les lasagnes du meilleur traiteur italien. Un dénommé Super ravioli. Au début j’étais sceptique. J’en suis devenue fanatique.
  • un gratin dauphinois – il bullerait généreusement dans le four, je le ferais refroidir puis réchauffer au micro-ondes deux jours plus tard. So junk, so good.
  • le poulet – tout simple, du genre qui développerait un parfum à embaumer tout le pallier et qui ferait presser le pas de S. sortant de l’ascenseur.
  • les cannelés – encore tièdes, croquants et moelleux comme ils se doivent. À boire avec un café rose-gris brillant.

Autant te rassurer – ou à tout le moins vous retirer un doute – aucun heureux et étrange événement ne se prépare. Et pourtant, je suis saisie de fixettes. Et c’est précisément le fait que cela soit des fixettes qui me plait. Un peu comme ce manteau que tu as essayé et ré-éssayé. Sauf que dans l’histoire, il ne se retrouve pas sur mon dos.

Cet état de fait a duré un moment, jusqu’à ce que, ayant terminé la pitanalyse et n’en pouvant plus de tant de repas de Peter pan, j’ai débuté un processus d’assouvissement.

  • Poulet – c’est fait. Ai commandé à un ami dont les parents ont une ferme antigouvernementale dans la Drôme une « grise du Vercors ». Poulette délicieuse. Chaire tendre et peau craquante obtenue par gommage au gros sel et au citron. Dévorée avec des frites au four impeccables (entendre : étroites, sans graisse et croustillantes). Restes dans une chicken Ceaser salade. Carcasse utilisée pour bouillon de petites pâtes régressif.
  • Rouleaux de printemps – c’est fait. Avec ma mère, P. et S. Délicieux, comme toujours avec eux. N’aurais pas dû rajouter du poulet au bambou et champignons noirs.
  • Fondue – done. Avec S. un soir, impulsivement. Pas de skype, mais excellente tout de même. Dommage que le sol soit si sec qu’il n’y ait encore aucun champignon.
  • Lasagnes – Oui ! Je craignais d’avoir tellement attendu et fantasmé qu’elles ne soient pas aussi parfaites que je le souhaitais. Craintes évanouies. À se dissuader pour la vie d’en faire chez soi.
  • Cannelés – aussi. Ai finalement investi dans une plaque de petits moules. Il a fallu attendre 24 heures, mais c’était terrible.

Restent les vrais hamburger, le gratin et le ceviche. Achat de deux avocats et d’une mangue la semaine dernière, mais n’ai pas le gout de faire un ceviche sans le bruit de la mer. Idée abandonnée. Vrais hamburger. Ai testé un nouveau restaurant. C’était une erreur. Pour le gratin, hâte d’être à jeudi.

Tu vois, aujourd’hui, ça va plutôt mieux. J’ai vraiment entamée une phase de rémission, peut-être aurais-je le courage d’alimenter la fenêtre sur cuisine ? À voir.

Je lis avec toujours autant d’attention vos nouvelles. Votre week-end m’a enchanté. Les cartes postales estivales et son voyage au japon tout autant. Ravissement devant la boite à sardines rouge. J’ai découvert aussi le site d’Aki. Si tu as le temps et que tu n’es jamais allée chez elle, je te conseille d’y faire un petit tour. Elle est en ce moment au japon et sa chronique est merveilleuse.

Dans ta lettre, tu évoques un nombre vertigineux de films. J’ai hâte que ma soeur se saisisse à son tour de ta correspondance pour que nous en discutions ensemble. Je demeure éternellement novice et t’avoue que, comme le cinéma c’est vraiment son truc, j’ai peine à m’immiscer dans cette passion. Nous avons souvent ri des petits films russo-norvegiens d’une imaginaire Nadia de Gourgousoff devant lesquels elle tombait en pâmoison. Pour autant, cela évolue aussi de ce côté là puisque S. et moi avons décidé de prendre une carte de cinéma cette année. J’imagine bien que ce n’est pas dans les immenses salles du multiplex que je pourrais voir les Rohmer etc., mais il est au moins possible de visionner des films comme Rien de personnel ou Mary & Max.

J’ai bien noté tes conseils cinématographiques. Vais demander à S. de les emprunter à la médiathèque. Je ne peux malheureusement pas le faire moi-même, depuis que, en troisième, j’ai refusé de rendre un Que sais-je sur la guerre froide. Don’t ask.

J’ai déjà trop écrit pour que tu n’ai pas sauté de nombreuses lignes.

Je t’embrasse,

Embrasse de ma part Mingou, P., les chéchés, Gracianne, Sarah-Louise et les autres,

Au plaisir de te lire encore encore,

7.

P. S. : Je te raconterai pour les films.

P. P. S. : Ci-joint deux plaques de chocolat noir. Elles viennent de l’usine V. Celle-ci se trouve dans un bled incroyable de la Drôme ou de l’Ardêche, je ne sais plus. L’une est aux épices, l’autre aux écorces confites d’oranges. J’espère que tu les aimeras autant qu’Anne et moi.

P. P. S. : On m’a offert le même petit cahier Mme Mo. Quand je pense à toutes ces ressemblances, je me dis que l’on ne doit pas être seules à aimer les cheese-cakes, les beaux crayons de couleurs, les noeuds et Marguerite. Syndrome natation sychronisée. Je ne sais pas si j’aime ça ou si cela me terrifie.

P. P. P. S. : Je ne voulais pas te quitter sans te parler de La lamentation du prépuce de Shalom Auslander, et, du même auteur, Attention, Dieu méchant. Désopillants.

P. P. P. P. S. – et c’est le dernier promis : écoutez-vous l’émission de G. Gallienne le samedi en fin d’après-midi sur Inter ? J’ai jubilé en entendant ses lectures de Proust.

6 Réponses to “Lettre à P. – Comme une réponse à un courrier qui ne m’était pas destiné.”

  1. les chéchés 12 octobre, 2009 à 9:00 #

    je t’embrasse aussi!

  2. Sarah-Lou 13 octobre, 2009 à 7:25 #

    A mon tour j’ai lu ce courrier qui ne m’était pas destiné (quoi qu’un peu) et je n’ai pas sauté de ligne. J’imagine que les blogueuses ne se mettent pas des chansons dans la tête mais des fixettes sur des plats. Tu m’as contaminée avec ton dauphinois.

    Oui, j’ai écouté Proust sur Inter et ai été enchantée. La Recherche m’a parue soudain si accessible.

  3. patoumi 14 octobre, 2009 à 2:39 #

    Ma très chère E.,
    J’avais froid dans mon bureau mais après ce billet plus du tout. Envie de te serrer dans mes bras.
    Des pommes de terre (de l’île de Batz) attendent de finir en gratin dauphinois (mais je n’ai plus de micro-ondes, il est tombé en panne, ça me fait de la place pour les bols japonais).
    Je ne commande plus de hamburgers nulle part, toujours décevant, ils en mangent dans les Woody Allen alors j’attends d’aller à New-York.
    Je ne sais pas faire les canelés, ils constituent pour moi une attraction folle quand on va à Bordeaux chez les parents de G. (son papa habite à côté de Baillardran. Je leur dis « Je vais juste faire un tour » et je m’enfile des canelés en cachette. Non c’est pas vrai, mais j’y ai souvent pensé).
    Les lasagnes je les fais bien si j’en juge la réaction des gens à qui je les sers « Non mais on va jamais manger tout ça » « Il en reste? » « Non »
    Je vais aller faire un tour sur le site de France Inter aussi.
    Tu écris rudement bien, et je t’embrasse rudement.
    N’hésite jamais à passer me voir, je crois qu’on aurait pas mal de choses à se dire!
    Patoumi.

  4. les chéchés 17 novembre, 2009 à 2:34 #

    dites madame 7jevaisàparisdesfois, vous seriez là entre le 25 et le 30 novembre?… j’irais bien prendre le thé avec vous!

  5. Dévorer les livres 1 décembre, 2009 à 5:41 #

    eh bien alors ? tu as décidé de ne plus publier de billet tant que tu n’aurais pas consommé l’intégralité de ta liste de plats ? J’espère te lire avant cent7 ans et que ttout va bien pour toi. à bientôt. sl

    • auseptiemedelatour 17 décembre, 2009 à 3:33 #

      Mille excuse de ne pas avoir répondu plus tôt !
      Tu vois, il n’y a pas eu besoin de cent7ans ! (cent 6 c’est rien du tout !)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :