3 Mai

Un savarin au limoncello, vanille de Tahiti et citron bergamote.

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Sur les trottoirs, j’ai eu peur

29 Jan

Un bel immeuble avec double grille, gardien et vidéo-surveillance.

J’allais faire mes courses à ce-qui-est-devenu-plus-tard Carrefour Market. Place d’Italie.

Je prenais le métro, parfois. Le bus souvent.

Je ne m’asseyais jamais sur les bancs aux arrêts et détestais – encore aujourd’hui – tenir la barre centrale. Abaisser un strapontin à main nue confinait à la phobie.

Je choisissais toujours le même trottoir et marchais sur une grille soufflante du métro. Chaude.

Me couvrais le visage de mon écharpe pour ne pas respirer les pots d’échappement.

Me couvrais le visage pour ne pas être contaminé par les éternuements des gens.

Me faisais des sandwichs pour aller travailler. Avec un thermos et des gâteaux.

_

Ai eu une fabuleuse idée.

Ai fait mes comptes.

Il faut 10 000 euros pour remettre quelqu’un vraiment dans la vie.

Location d’appartement.

Ameublement (compter ordinateur, imprimante et connexion internet).

Nourriture et vêtements.

Electricité, eau.

_

Me suis mise à faire deux sandwichs le matin pour le monsieur de Pont-Marie.

Ne l’ai plus revu.

M’en suis voulue.

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Ai eu honte de moi en fuyant un wagon vide.

Jambe irregardable.

Odeur pestilentielle.

_

Un jour, j’ai vu une dame dans des couvertures sales sur la grille soufflante.

Ne suis plus jamais repassée dessus.

_

Je fuyais Papy Dance.

Du regard et des jambes.

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J’habitais sur les Gobelins.

Un endroit où, pourtant, il fait bon boursicoter.

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J’ai eu tellement peur de ceux que je n’avais pas à craindre.

Lettre à P. – Comme une réponse à un courrier qui ne m’était pas destiné.

12 Oct

Chère P.,

J’ai trouvé ce matin sur mon bureau ta lettre. Bien que ne m’étant pas destinée, je n’ai pas pu résisté à l’idée de l’ouvrir et de la lire. Bardée de culpabilité, je me suis assise n’importe comment sur l’accoudoir de ma chaise et ai déchiré un peu brutalement la belle enveloppe. M’en suis encore plus voulue. La fiction me permet néanmoins d’affirmer que P. ne le verra pas et que, comme la lettre se trouvait à la vue du plus grand nombre, tu ne m’en voudras pas trop non plus.

Une agréable odeur de tomates farcies s’en est dégagée, m’offrant ainsi une nouvelle obsession culinaire. Oui, cela fait longtemps que je n’ai pas pris la peine de vous raconter tout ça, mais au cours de ces derniers mois, de drôles de choses se sont passées. Figure toi que je suis prise d’envies inconsidérées de certains plats … que je me fais un plaisir de ne pas préparer. Pêle-mêle, il y a eu :

  • le ceviche mangue et avocat du Mexique – pourvu de goût que sur une plage -,
  • les rouleaux de printemps du C. L. –  seulement si l’on est bien accompagné -,
  • la fondue de la rentrée – que je voulais à tout prix manger devant l’ordinateur, en visioconférence avec mon oncle -,
  • les vrais hamburger – j’ai gardé un milliard de recettes sur delicious ; les ai visionnées autant de fois. Étais tenaillée entre un appétit incroyable et une sclérose redoutable. On m’a récemment appris qu’un restaurant de vrais hamburger digne des frères Coen était caché à deux minutes de la maison. J’ai délaissé les fiches recettes.
  • les lasagnes du meilleur traiteur italien. Un dénommé Super ravioli. Au début j’étais sceptique. J’en suis devenue fanatique.
  • un gratin dauphinois – il bullerait généreusement dans le four, je le ferais refroidir puis réchauffer au micro-ondes deux jours plus tard. So junk, so good.
  • le poulet – tout simple, du genre qui développerait un parfum à embaumer tout le pallier et qui ferait presser le pas de S. sortant de l’ascenseur.
  • les cannelés – encore tièdes, croquants et moelleux comme ils se doivent. À boire avec un café rose-gris brillant.

Autant te rassurer – ou à tout le moins vous retirer un doute – aucun heureux et étrange événement ne se prépare. Et pourtant, je suis saisie de fixettes. Et c’est précisément le fait que cela soit des fixettes qui me plait. Un peu comme ce manteau que tu as essayé et ré-éssayé. Sauf que dans l’histoire, il ne se retrouve pas sur mon dos.

Cet état de fait a duré un moment, jusqu’à ce que, ayant terminé la pitanalyse et n’en pouvant plus de tant de repas de Peter pan, j’ai débuté un processus d’assouvissement.

  • Poulet – c’est fait. Ai commandé à un ami dont les parents ont une ferme antigouvernementale dans la Drôme une « grise du Vercors ». Poulette délicieuse. Chaire tendre et peau craquante obtenue par gommage au gros sel et au citron. Dévorée avec des frites au four impeccables (entendre : étroites, sans graisse et croustillantes). Restes dans une chicken Ceaser salade. Carcasse utilisée pour bouillon de petites pâtes régressif.
  • Rouleaux de printemps – c’est fait. Avec ma mère, P. et S. Délicieux, comme toujours avec eux. N’aurais pas dû rajouter du poulet au bambou et champignons noirs.
  • Fondue – done. Avec S. un soir, impulsivement. Pas de skype, mais excellente tout de même. Dommage que le sol soit si sec qu’il n’y ait encore aucun champignon.
  • Lasagnes – Oui ! Je craignais d’avoir tellement attendu et fantasmé qu’elles ne soient pas aussi parfaites que je le souhaitais. Craintes évanouies. À se dissuader pour la vie d’en faire chez soi.
  • Cannelés – aussi. Ai finalement investi dans une plaque de petits moules. Il a fallu attendre 24 heures, mais c’était terrible.

Restent les vrais hamburger, le gratin et le ceviche. Achat de deux avocats et d’une mangue la semaine dernière, mais n’ai pas le gout de faire un ceviche sans le bruit de la mer. Idée abandonnée. Vrais hamburger. Ai testé un nouveau restaurant. C’était une erreur. Pour le gratin, hâte d’être à jeudi.

Tu vois, aujourd’hui, ça va plutôt mieux. J’ai vraiment entamée une phase de rémission, peut-être aurais-je le courage d’alimenter la fenêtre sur cuisine ? À voir.

Je lis avec toujours autant d’attention vos nouvelles. Votre week-end m’a enchanté. Les cartes postales estivales et son voyage au japon tout autant. Ravissement devant la boite à sardines rouge. J’ai découvert aussi le site d’Aki. Si tu as le temps et que tu n’es jamais allée chez elle, je te conseille d’y faire un petit tour. Elle est en ce moment au japon et sa chronique est merveilleuse.

Dans ta lettre, tu évoques un nombre vertigineux de films. J’ai hâte que ma soeur se saisisse à son tour de ta correspondance pour que nous en discutions ensemble. Je demeure éternellement novice et t’avoue que, comme le cinéma c’est vraiment son truc, j’ai peine à m’immiscer dans cette passion. Nous avons souvent ri des petits films russo-norvegiens d’une imaginaire Nadia de Gourgousoff devant lesquels elle tombait en pâmoison. Pour autant, cela évolue aussi de ce côté là puisque S. et moi avons décidé de prendre une carte de cinéma cette année. J’imagine bien que ce n’est pas dans les immenses salles du multiplex que je pourrais voir les Rohmer etc., mais il est au moins possible de visionner des films comme Rien de personnel ou Mary & Max.

J’ai bien noté tes conseils cinématographiques. Vais demander à S. de les emprunter à la médiathèque. Je ne peux malheureusement pas le faire moi-même, depuis que, en troisième, j’ai refusé de rendre un Que sais-je sur la guerre froide. Don’t ask.

J’ai déjà trop écrit pour que tu n’ai pas sauté de nombreuses lignes.

Je t’embrasse,

Embrasse de ma part Mingou, P., les chéchés, Gracianne, Sarah-Louise et les autres,

Au plaisir de te lire encore encore,

7.

P. S. : Je te raconterai pour les films.

P. P. S. : Ci-joint deux plaques de chocolat noir. Elles viennent de l’usine V. Celle-ci se trouve dans un bled incroyable de la Drôme ou de l’Ardêche, je ne sais plus. L’une est aux épices, l’autre aux écorces confites d’oranges. J’espère que tu les aimeras autant qu’Anne et moi.

P. P. S. : On m’a offert le même petit cahier Mme Mo. Quand je pense à toutes ces ressemblances, je me dis que l’on ne doit pas être seules à aimer les cheese-cakes, les beaux crayons de couleurs, les noeuds et Marguerite. Syndrome natation sychronisée. Je ne sais pas si j’aime ça ou si cela me terrifie.

P. P. P. S. : Je ne voulais pas te quitter sans te parler de La lamentation du prépuce de Shalom Auslander, et, du même auteur, Attention, Dieu méchant. Désopillants.

P. P. P. P. S. – et c’est le dernier promis : écoutez-vous l’émission de G. Gallienne le samedi en fin d’après-midi sur Inter ? J’ai jubilé en entendant ses lectures de Proust.

Le lait-fraise-d’avant d’aujourd’hui

8 Juil

Milk-shake à la fraise - Copyright © <Sucré salé / Riou>À la campagne, il m’arrivait de siroter un lait-fraise. Boisson inexistante depuis et qui, même à l’époque, était inexistante partout ailleurs que chez mes grands-parents.

Au fond d’un bol, ma grand-mère, car c’était elle qui avait accaparé le monopole de cette préparation, disposait une cuillère de poudre rose et arrosait de lait. Entier. Il fallait alors remuer avec un petit fouet pour dissiper les éventuels grumeaux et faire mousser. Ca j’adorais.

Je n’étais néanmoins pas particulièrement friande de lait aromatisé. J’aimais la couleur que la poudre donnait au liquide lacté, sa consistance crémeuse, la mousse donc. Et le gout quand même. Hautement chimique.

Je crois aussi que ce qui me poussait à en boire était son côté « verre-chargé-de-passé ». Passé dont attestait le paquet. Ce dernier était en carton d’une vingtaine de centimètres de haut, sur cinq de large. Éventré sur le dessus. Le bec verseur métallique ne semblait pas avoir encore été inventé. Les inscriptions sur le côté avaient partiellement disparu à force de frottements. Dans mon souvenir, il y avait aussi une cuillère en plastique aux couleurs passées ou pastels qui permettait de doser de manière idoine la quantité de poudre.

L’état de la boite, l’imprégnation du buffet de l’odeur de fraise, banane, orange – la boisson se déclinait en ces trois parfums – le fait que je n’avais jamais vu de telles poudres au supermarché ou chez des amies, lui conférait un goût désuet. Témoignage de l’enfance de mon père. Évocation de son quotidien d’alors. Breuvage précieux.

La maison a, depuis longtemps maintenant, été vendue. Les paquets de poudre, mais pas seulement, ont disparu. Ressacs dont le temps parvient à faire douter de la véracité. La mémoire se délite pour tout le monde.

Sans chercher à recréer exactement ce lait ni à retrouver des effluves évanouies, je prépare ce

Lait-fraise-d’avant d’aujourd’hui

  • 30 cl de lait d’amandes très froid
  • Une vingtaine de fraises, très sucrées (de bananes, de cerises, de figues, etc.)
  • Une rasade de sirop d’orgeat.

Mixer, servir, siroter.

Image provenant du site plurielles.fr

Perdre un peu le nord, s’immoler dans les souvenirs et cette tarte au citron et aux amandes

23 Mai

Cela sent pareil qu’avant. Et c’est propre. Sauf les verres qui ont été rincés rapidement, sans doute un peu négligemment. J’en suis dégoutée et m’en veux, mais refuse toutefois le jus d’orange qu’elle me propose. Je me dirige subrepticement vers la cuisine et jette un regard rapide dans le frigo. Du fromage de chèvre, des fraises au sucre, de la bombe chantilly (en quantité impressionnante), du jambon, des yaourts. Façon de prendre la température des occupants de l’appartement, à leur insu, sans les fliquer. J’adopte les réflexes d’usage avant le naufrage. Une apparence de normalité.

Nous sortons, il me prend le bras, s’y accroche un peu. Je sens bien qu’il est content de nous voir. Mais il ne me le dira pas. Il s’est – un peu trop – habillé pour l’occasion : costume, cravate, raie sur le coté. Il présente bien, mais a tellement maigri. A table, il s’étouffera. Nous sommes gênés. Moi pour lui et lui pour lui, peut être pour moi aussi. Le malaise terrible de se sentir partir, tout en étant encore là. Lui qui s’est tellement venté de ne pas aimer la vie semble avoir peur de la mort. J’aurais pensé qu’il voudrait cesser ce lessivage. Il nous aurait réuni pour nous faire part de ce choix, aurait confié à mon père les clés. Nous aurions été tristes et sereins. Cela aurait évidemment été plus facile. Pour ceux qui restent. Il ne choisit pas sa mort, mais je ne suis pas certaine qu’il choisisse encore sa vie.

Elle s’est faite coiffée la veille. Sur le chemin du restaurant, elle insiste pour « passer dire bonjour » à la jeune femme méchée et habillée en blanc qui s’occupe habituellement d’elle. Semblant de vie sociale. J’ai l’impression que nous marchons sur son quotidien. Plus tard, dans la voiture, je me moquerai de cet épisode. Vague malaise. Elle se fait du soucis pour lui et l’engueule. Mais alors que la conversation s’engage sur Benoît XVI, elle s’enfonce dans ses souvenirs, cohérents mais redondants. Dans lesquels jamais ses enfants n’apparaissent. L’Espagne et les Espagnols, son court passage au consulat d’Argentine (sans aborder la situation politique d’alors) et les traditionnelles déclinaisons racistes. J’ai la chance de figurer dans son album de souvenirs. Des sorties d’école au gout de mandarine. Elle a un analzaïmère, le sait, mais ne veut dépendre de drogues. Elle s’angoisse de convocations qui n’ont jamais eu lieu. S’angoisse pour le contrat de travail de la dame qu’elle nous montrera quatre fois, et rangera cinq.

Ils dérivent. « Non, mais physiquement ça va ».

Pour l’heure, j’apprends à recenser dans mon livre intérieur les doux moments. Ceux dont j’espère me souvenirs plus tard, lorsque peut être, mes petits enfants viendront me visiter et qu’alors je ne serais plus tout a fait ici ni tout a fait ailleurs. Laissant mon destin à la providence. Cette tarte au amandes et au citron m’ancre dans une réalité de soulagement. Je la partage avec ceux qui n’ont aucune idée de ce qu’elle représente. Cela l’allège d’autant.

La tarte au citron et aux amandes de P.

– Pour la pâte sucrée (vous en aurez probablement un peu trop) :

  • Farine – 250 g
  • Beurre salé – 150 g
  • Sucre – 90 g
  • Lait – une giclée

– Pour la préparation

  • Amandes réduites en poudre grossière – 100 g
  • Citron – Le jus de 3 gros (et s’ils sont bio … avec leurs zests)
  • Oeufs – 3
  • Sucre – 150 g
  • Beurre salé – 125 g

– Concrètement

  • Mélanger tous les ingrédients pour la pâte
  • Faire reposer la pâte. Il parait que 4 h s’imposent. Dans mon temps, cela fait 30 minutes
  • Pendant ce temps, mixer les amandes puis mélanger les ingrédients de la préparation
  • Foncer un moule et faire précuire le fond de tarte pendant 7 à 8 minutes à 180° (en pensant à recouvrir de papier sulfurisé alourdi pas des poids chiches secs ou autres)
  • Ajouter ensuite la préparation et poursuivre la cuisson pour 20 à 25 minutes.

D’autres vies que la mienne et des muffins au chocolat et à la noix de coco pour redonner de l’épaisseur à tout ça

3 Mai

Assise Affalée sur une chaise de jardin, les jambes étendues sur une autre. Il fait chaud pour la première fois de l’année. Nous avons englouti le barbec’ inaugural de saison, une salade assaisonnée à la perfection et un Saint honoré bien trop ambitieux. Il doit être aux alentours de 15h. Je renonce à l’écriture de l’article qui m’aurait confiné dans une chambre. D’Autres vies que la mienne m’importe et j’en reprends la lecture.

Il ne me faudra pas longtemps pour re-sentir le désarroi de la perte d’une sœur, d’une enfant, d’une précieuse collègue de travail, d’une mère. La colère sourde du renard qui sommeille dans le ventre, le chagrin inondant le diaporama. Et puis, au détour de quelques pages, de manière complètement inattendue, je verrai mon sujet de thèse intéresser des magistrats.

Incroyable tout ce que la vague des autres vies que la sienne bouleverse. L’impression de s’être confrontée à des instants attroces. D’avoir vécu l’instant où tout bascule. Le moment où, maintenant, la vie ne sera plus jamais comme avant. Et puisque la démarche de lire est volontaire, pourquoi vouloir ressentir ces chocs. Parce que ces temps là sont rendus si quotidiens. Parce que cela pourrait être demain. Parce que l’auteur y décrit la beauté des gestes mutuelles attestant l’amour des uns envers les autres. Acquérir des expériences. S’en sortir plus forte. Sensible.

Seul hic, presque inavouable, Emmanuel Carrère. Je l’imaginais grand, altier, châtains clairs et dans le soleil ces cheveux seraient devenus blond. Il ne ressemble aucunement à sa version fantasmée. Phénomène étrange, après avoir vu sa photo, il m’était impossible de calquer le livre sur son visage. Impossible de l’imaginer lui, dans son rôle. Je m’en suis voulue comme d’être allée voir au cinéma un roman apprécié. Comme si son histoire devenait factice. Comme une réplique gâchée par un mauvais acteur. C’était injuste. À bien y réfléchir, cet incident m’a rendu le roman. Les faits sont véridiques, mais ce n’est pas un real book. C’est un roman parce que les événements sont relatés. Mis en scène. Une subjectivité s’immisce nécessairement. C’est ce qui en fait un roman. Un excellent roman. C’est aussi ce qui pose une distance salvatrice entre la (ma) vie et celle du livre. Celle qui permet de se dire que, aujourd’hui, tout va bien.

À 18h30, j’avais des points rouges au bords des lèvres. Je remerciais le soleil d’estomper les larmes sur la robe et de m’autoriser à porter mes lunettes de soleil. Vivre cette expérience dans un lieu dénué d’intimité et devoir s’expliquer de tout ça n’était pas idéal. J’ai fermé les yeux, profité de la chaleur du moment et pris une grande inspiration. Je crois être passée inaperçue.

C’était un excellent premier mai.

En dépit de tout ce que j’avais ingéré, je me sentais complètement liquéfiée. Pour reprendre un peu de texture, les muffins au chocolat et noix de coco de Bob me semblait appropriées. Ai procédé à quelques modifications (aucun gout pour le chocolat en poudre). Résultat des plus convaincants.

Les muffins Choc/Noix de coco pour redonner de l’épaisseur

Pour 6 muffins dans des moules de 6 à 7 ctm de diamètre :

– Les ingrédients secs :

  • 50 g de farine complète
  • 100 g de sucre
  • 1 cc de levure chimique
  • 30 g de noix de coco râpée

– Les ingrédients liquides :

  • 40 ml de lait de coco
  • 50 g de chocolat noir à faire fondre dedans (on peu encore monter la dose à 85. À 50 c’était presque limite)
  • 60 ml d’huile de tournesol (un vrai plus comparé au beurre, le muffin gagne en moelleux).
  • 2 œufs, blanc et jaunes séparés

– La recette

  • Four à 200°
  • Mélanger d’abord tous les ingrédients secs
  • Huile + jaunes d’œufs
  • Lait de coco + chocolat à faire fondre
  • Intégrer le liquide avec le sec
  • Monter les blancs en neige et les incorporer à la préparation
  • Mettre dans les moules et saupoudrer d’un peu de noix de coco
  • Cuire 20 minutes.

Au final, les muffins sont très moelleux, pas secs du tout, un vrai gout de noix de coco (la conjonction lait + noix râpée est à cet égard est vrai succès). Ils se conservent parfaitement. Idéal avec un genmaicha et un bencha hojicha.

Le remplaçant de cet après-midi était savoureux, le gingembre fumant l’était tout autant

26 Avr

« C’était il y a cinq ans. Un ami m’avait envoyé des Etats-Unis le magnifique ouvrage de Claudia Roden, The book of Jewish Food, sur la cuisine juive dans le monde. Je m’étais assise à ma table et je le lisais, comme on lit des poèmes ou des contes, tournant les pages avidement, incrédule face aux richesse que me dévoilait chaque chapitre organisé autour d’une région. J’arrivais enfin à ce qu’elle nomme « Anglo-Jewery » et qui désigne en fait la cuisine russo-polonaise. Je passai rapidement la section des soupes et des nouilles pour me plonger dans la pâtisserie. Je lus le gâteau au fromage blanc, l’apfel strudel, et soudain, mes yeux s’emplirent de larmes car je me rendis compte que j’étais en train de déchiffrer la recette des biscuits de ma grand-mère Tsila, disparue une dizaine d’années plus tôt.

Les pletz (c’est ainsi qu’elle les nommait) étaient de petits sablés au graines de pavots, dont la production hebdomadaire assurait la consommation quotidienne. Elle les conservait dans une boite en fer-blanc carrés que j’adorais ouvrir, que j’adorais qu’elle ouvre. Les pletz étaient une nourriture parfaite : croquants, pas trop sucrés, parfois grillés sur les bords. Ils étaient irréguliers et souvent assez moches, parce que ma grand-mère n’avait rien d’une maniaque ; mais leur disgrâce ne faisait qu’ajouter à leur magie.

Je pleurais en lisant la recette à cause du souvenir du pletz émmieté dans le thé de Mami, à cause des choses perdues et jamais retrouvées, à cause de l’enfance si lointaine.

Une semaine plus tard, je décidais d’en fabriquer une fournée. J’achetais les ingrédients nécessaires et entrains dans ma cuisine, armée du livre rédempteur. je le feuilletai rapidement, impatiente de retrouver la page que j’avais dû corner. Mais non, je tombais systématiquement sur le lekeh, ou les oumentashen. »

Agnès Desarthe, Le remplaçant, Édition de l’Olivier, 2009.

Tout raisonne. Le rythme. La sonorité des mots. Les dibboucks. L’analyse des objets précieux, entreposés dans les placards des grands parents. Les histoires que l’on s’invente. Tout.

87 pages de plaisir, de sourires, de serrement de gorge. 87 pages d’hommage au remplaçant de son grand-père. 87 pages de réflexions enfantines. 87 pages à lire. Évidemment. Résolument.

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* *

S’il fait soif et que votre gosier réclame du chaud, un breuvage simplement délicieux, une infusion de gingembre frais.

  • De l’eau frémissante
  • Du gingembre frais coupé en dés
  • Éventuellement un peu de sucre

Placer les dés de gingembre dans un petit sachet ou une boule à thé et verser de l’eau chaude dessus, dans un thermos. Laisser infuser le temps que vous jugerez nécessaire selon votre gout, et agrémenter au besoin d’un peu de sucre.

Presque pas une recette, mais une boisson découverte et non oubliée depuis, dans un lieu où l’on parle avec un accent et où l’on déguste, simplement, des smoothies, muffins, sandwiches et salades. Au Bob Juice Bar.