Hélène et vous

26 Fév

La recette en prétexte

Moins de recette, plus de texte. J’aime vous lire. J’aime ces rendez vous hebdomadaire lors desquels vous faites partager un brin de votre vie, de ces petits moments délicats, auquel on ne prête que peu d’attention et qui, sous votre clavier, prennent une si jolie dimension. J’aime que ces passages soient guidés par le prétexte d’une recette puisque le but est toujours de nourrir l’autre d’une façon ou d’une autre. Lui donner du plaisir, même lorsque celui-ci est fictif puisqu’après tout, je ne partage pas vos tables. Je dois d’ailleurs avouer que je ne refais pas souvent vos recettes. Je préfère les lire et m’imaginer les différentes étapes… découper, éplucher, mélanger. La sensation sur les doigts, la force du poignet, la satisfaction d’être bien équipée. Et puis bien sur les odeurs et la texture en bouche. Enfin le gout. Syndrome Peter Pan. Je ne le sais que trop, mais c’est tellement doux de se laisser porter par vous.

Vous lire, lire ce que vous lisez

Et puis, parfois, il y a une cerise, une fève, une pépite, un éclat, un livre. Là, je me régale. J’aime lire des livres que je n’ai pas lu. Mieux, que l’on me fasse la lecture (mes parents quand, en véritable princesse, j’avais le droit à des histoires dans mon lit ; Marlène Jobert ; France culture ; Mon parking ; Sbr. parce que je suis encore une princesse). Que l’on me recommande des livres. Suivre en aveugle la main de la bibliothécaire ou de son libraire. Celui qui recommande se livre autant que celui qui demande. Beaux échanges. Et puis le masque. Rire à leurs commentaires. Ne pas forcement acheter les livres. Se dire que pourquoi pas. Les bibliothèques d’amis comptent aussi. Et celles de ma famille. J’ai passer un joli moment à ranger les traités, manuels, essais, romans de ma sœur. C’était un peu comme partager son quotidien. Le meilleur des choses qu’elle côtoie. Me rappeler avoir déjà vu ce livre quelque part. Lui demander ce qu’elle en pense. En piocher un et le lire.

De manière inattendue, mais que ce fût bon, j’ai croisé sur vos blogs des livres. Rencontre impromptues et délicates. Où l’on apprend, entre autres, l’importance de prendre soin de soi et des autres et le gout invétéré du room-service littéraire.

J’imagine la petite fille courageuse à nœuds dans sa cuisine terminer Hélène Berr. J’imagine les nœuds au ventre. Elle en parle si bien que cela vaut un article des inrocks et une lecture sur Culture. Commande de l’ouvrage sur Amazon (à ce moment là, j’étais dans mon salon très chaud et n’avais aucune envie de mettre un pied, un nez, une main, une paire de lunette à l’extérieur). Quelques jours plus tard, le livre arrive. Je le regarde et me fais patienter jusqu’au moment d’avoir un peu de vrai temps pour me plonger, en apnée, dans ce temps sordide. Braver les traumatismes d’Anne Franck et les nazis du placard. Faire droit et se dire que cela peut changer les choses. J’apprendrais quelques jours plus tard qu’un auteur qui m’a tant apporté pour la thèse, que j’aimais appeler par son prénom, Raphaël (4 consonnes..), a été ministre du Gouvernement de Vichy. Qu’il a été signataire du statut des juifs.

Je prends le train. Affreuse circonstance. Mais j’ai 3 heures. Pour lire Hélène Berr. Troublante.

Ces pas dans des rues connues et parcourues. Sa bibliothèque. Mes pas dans les siens. Sa maison de campagne. Le temps retrouvé des jeunes filles en fleur. Le gout des framboises. Son père. Sa mère. Et ce passage :

« Et je ne sais même pas si je pourrais faire cela. Ce serait du self-pity (apitoiement sur soi-même), et je suis devenue dure pour moi-même, parce que je crois que rien n’est plus nécessaire en ce moment. C’est pour cela seulement ; car ce n’est pas la dignité qui m’en empêcherait. La dignité avec Maman serait un crime. Ce n’est pas non plus parce que j’exhiberais et exploiterais une émotion ou un sentiment qu’au fond que je ne ressentirais pas, pour un résultat inévitable : le rendre cheap (minable). Car tout ce que je dirais serait parfaitement sincère et vrai. Mais je ne veux pas faire de la peine à Maman. Déjà ce soir Papa a reçu un avis de spoliation, et Maman prend tout cela sur son dos, et cache tout ».

J’ai été tellement étonnée par sa conception de la religion. Si proche de celle que je ressens au fond de moi. Si dénuée de tout communautarisme et si solidaire en même temps. Sa conception de la France. Sa fierté d’être française. Le regard de ces français, sur elle, leur honte de l’étoile, cette poignée de main réconfortante. Une vision si fine. Une analyse si objective. Dépasser le nazisme. Voir des hommes, partout, malgré tout.

Merci de m’avoir fait découvrir ce livre. Mes vieux démons sont toujours là, mais cela fait du bien de lire un journal si peu voyeur, si bien écrit, si juste.

Lu Wenfu occupe ma table de chevet. Je vous ferais parvenir quelques échos de Chine, si j’y parviens.

3 Réponses to “Hélène et vous”

  1. Posuto 26 février, 2008 à 3:30 #

    Ce livre semble exceptionnel (d’après ce que j’ai lu ou entendu) et vous donnez envie de le lire avec beaucoup de respect.
    Mais j’avais envie de laisser ici mon avis sur le Masque. J’aimais bien avant, j’essaie encore et je suis pleine de bonne volonté, mais Ezine, vraiment, son côté macho mauvais élève brillant dilettante catégorique, je ne peux plus le supporter. Le début de l’émission où il ne parle pas du livre de Sophie Chérer en en disant pratiquement du mal mais sans l’avoir lu… Je le trouve pitoyablement insupportable.
    Et puis, dès qu’une chroniqueuse parle, on lui coupe la parole. Et ça m’énerve à un point !
    Oups ! Ne croyez pas que je vienne déverser ma mauvaise humeur chez vous par pur sadisme ! (je veux dire, ce n’est pas par sadisme, mais plutôt par inadvertance :-)
    Kiki :-)

  2. Alain AKOUN 28 février, 2008 à 5:29 #

    Un très bon moyen de découvrir la France et les Français au temps de l’occupation : Lire le Journal de Léon Werth (je ne suis pas sûr de l’orthographe du nom de famille) écrit pendant l’occupation allemande.
    Très bien écrit, dans un langage moderne.

  3. Alain AKOUN 28 février, 2008 à 5:34 #

    après recherche sur wikipédia, j’ai vérifié que l’orthographe est bonne.
    Voici ce qui est dit :
    Léon Werth, né à Remiremont le 17 février 1878 et mort à Paris le 13 décembre 1955, est un romancier, essayiste, critique d’art et journaliste français.

    Sommaire [masquer]
    1 Sa vie
    2 33 jours, une publication posthume
    3 Principales œuvres
    4 Citation
    5 La dédicace du Petit Prince
    6 Bibliographie
    7 Liens externes

    Sa vie [modifier]
    Il est né en 1878 à Remiremont dans les Vosges dans une famille juive assimilée. Son père était drapier et sa mère issue de la petite noblesse picarde. Il est un élève brillant, grand prix de philosophie au concours général et étudiant en hypokhâgne au lycée Henri-IV. Il abandonne néanmoins ses études pour être chroniqueur dans différentes revues. Menant la vie de bohème, il se consacre à l’écriture et à la critique d’art. Très proche d’Octave Mirbeau, l’auteur de Le Journal d’une femme de chambre, dont il est en quelque sorte l’héritier, il se manifeste par son anticléricalisme, son esprit très indépendant, antibourgeois et libertaire. Il manque de peu le prix Goncourt en 1913 pour son roman La Maison blanche, que Mirbeau a préfacé et soutient indéfectiblement jusqu’au treizième tour. En 1914, il part pour le front, où il combattra pendant 15 mois avant d’être blessé. Il restera marqué par cette guerre devenant un pacifiste convaincu. Il en tire un récit, Clavel Soldat, pessimiste et violemment anti-guerre. Paru en 1919, l’ouvrage fait scandale. Écrivain inclassable, à la plume acide, il écrit dans les années de l’entre-deux guerres aussi bien contre le colonialisme (Cochinchine en 1928), à contre-courant de la mode coloniale de cette période faste de l’empire français, que contre le stalinisme dont cet homme de gauche dénonce l’imposture. Il critiquera aussi le nazisme montant. En 1931, il rencontre Saint-Exupéry : c’est le début d’une grande amitié. Ce dernier lui dédicacera Le Petit Prince. Pendant l’Occupation, il se repliera dans le Jura. Dans son journal Déposition, publié en 1946, il livre un témoignage accablant sur la France de Vichy. Il meurt le 13 décembre 1955 à Paris.

    33 jours, une publication posthume [modifier]
    33 jours est un court récit écrit à chaud quelques semaines après la débâcle de 1940. Léon Werth y raconte sa fuite de Paris vers sa maison de Saint-Amour dans le Jura. Un récit d’une grande acuité sur cette période où la France est réduite à ce qu’il qualifie de « royaume du matelas ». Le manuscrit, confié dès octobre 1940 à son ami Antoine de Saint-Exupéry, est remis par celui-ci à un éditeur de New York, où l’on perd sa trace. Ce n’est qu’en 1992 que Viviane Hamy le découvre et le publie. Cette éditrice a permis de redécouvrir cet écrivain en republiant plusieurs de ses ouvrages dans les années 1990 et 2000. Les différentes manifestations organisées en 2005 pour le cinquantenaire de sa mort ont remis cet écrivain au goût du jour.

    Principales œuvres [modifier]
    La Maison blanche, préface d’Octave Mirbeau (1913)
    Clavel soldat (1919)
    Clavel chez les majors (1919)
    Yvonne et Pijallet (1920)
    Voyages avec ma pipe. Bretagne et campagne, Paris, banlieue, province, Belgique et Hollande, Europe et Amérique (1920)
    Les Amants invisibles (1921)
    Dix-neuf ans (1922)
    Quelques peintres (1923)
    Cochinchine (1925)
    Danse, danseurs, dancings (1925)
    Cour d’assises (1932)
    La Peinture et la mode, quarante ans après Cézanne (1945)
    Déposition / Journal 1940-1944 (1946)
    Saint-Exupéry, tel que je l’ai connu (1948)
    Publications posthumes
    33 jours (1992)
    Caserne 1900 (1993)
    Impressions d’audience, le procès de Pétain (1995)
    Le Monde et la ville (1998)

    Citation [modifier]
    « Il me revient sur Pétain une anecdote, qui, si je m’en étais souvenu plus tôt, m’eût épargné beaucoup d’inutile psychologie. Peu d’années après la guerre de 14, le sculpteur Brasseur avait eu la commande d’un monument commémoratif pour je ne sais quelle ville du Nord. On en montra la maquette à Pétain : un groupe de soldats et un officier. « C’est beau, dit-il, mais il faut faire l’officier plus grand que les hommes. »
    — Déposition/Journal, avril 1942

    La dédicace du Petit Prince [modifier]
    Le nom de Léon Werth apparait en préambule du Petit Prince qu’Antoine de Saint-Exupéry lui a dédié.

    « À Léon Werth. Je demande pardon aux enfants d’avoir dédié ce livre à une grande personne. J’ai une excuse sérieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j’ai au monde. J’ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, même les livres pour enfants. J’ai une troisième excuse : cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a besoin d’être consolée. Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien dédier ce livre à l’enfant qu’a été autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) Je corrige donc ma dédicace : À Léon Werth quand il était petit garçon »

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