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Chère P.,

J’ai trouvé ce matin sur mon bureau ta lettre. Bien que ne m’étant pas destinée, je n’ai pas pu résisté à l’idée de l’ouvrir et de la lire. Bardée de culpabilité, je me suis assise n’importe comment sur l’accoudoir de ma chaise et ai déchiré un peu brutalement la belle enveloppe. M’en suis encore plus voulue. La fiction me permet néanmoins d’affirmer que P. ne le verra pas et que, comme la lettre se trouvait à la vue du plus grand nombre, tu ne m’en voudras pas trop non plus.

Une agréable odeur de tomates farcies s’en est dégagée, m’offrant ainsi une nouvelle obsession culinaire. Oui, cela fait longtemps que je n’ai pas pris la peine de vous raconter tout ça, mais au cours de ces derniers mois, de drôles de choses se sont passées. Figure toi que je suis prise d’envies inconsidérées de certains plats … que je me fais un plaisir de ne pas préparer. Pêle-mêle, il y a eu :

  • le ceviche mangue et avocat du Mexique – pourvu de goût que sur une plage -,
  • les rouleaux de printemps du C. L. –  seulement si l’on est bien accompagné -,
  • la fondue de la rentrée – que je voulais à tout prix manger devant l’ordinateur, en visioconférence avec mon oncle -,
  • les vrais hamburger – j’ai gardé un milliard de recettes sur delicious ; les ai visionnées autant de fois. Étais tenaillée entre un appétit incroyable et une sclérose redoutable. On m’a récemment appris qu’un restaurant de vrais hamburger digne des frères Cohen était caché à deux minutes de la maison. J’ai délaissé les fiches recettes.
  • les lasagnes du meilleur traiteur italien. Un dénommé Super ravioli. Au début j’étais sceptique. J’en suis devenue fanatique.
  • un gratin dauphinois – il bullerait généreusement dans le four, je le ferais refroidir puis réchauffer au micro-ondes deux jours plus tard. So junk, so good.
  • le poulet – tout simple, du genre qui développerait un parfum à embaumer tout le pallier et qui ferait presser le pas de S. sortant de l’ascenseur.
  • les cannelés – encore tièdes, croquants et moelleux comme ils se doivent. À boire avec un café rose-gris brillant.

Autant te rassurer – ou à tout le moins vous retirer un doute – aucun heureux et étrange événement ne se prépare. Et pourtant, je suis saisie de fixettes. Et c’est précisément le fait que cela soit des fixettes qui me plait. Un peu comme ce manteau que tu as essayé et ré-éssayé. Sauf que dans l’histoire, il ne se retrouve pas sur mon dos.

Cet état de fait a duré un moment, jusqu’à ce que, ayant terminé la pitanalyse et n’en pouvant plus de tant de repas de Peter pan, j’ai débuté un processus d’assouvissement.

  • Poulet – c’est fait. Ai commandé à un ami dont les parents ont une ferme antigouvernementale dans la Drôme une “grise du Vercors”. Poulette délicieuse. Chaire tendre et peau craquante obtenue par gommage au gros sel et au citron. Dévorée avec des frites au four impeccables (entendre : étroites, sans graisse et croustillantes). Restes dans une chicken Ceaser salade. Carcasse utilisée pour bouillon de petites pâtes régressif.
  • Rouleaux de printemps – c’est fait. Avec ma mère, P. et S. Délicieux, comme toujours avec eux. N’aurais pas dû rajouter du poulet au bambou et champignons noirs.
  • Fondue – done. Avec S. un soir, impulsivement. Pas de skype, mais excellente tout de même. Dommage que le sol soit si sec qu’il n’y ait encore aucun champignon.
  • Lasagnes – Oui ! Je craignais d’avoir tellement attendu et fantasmé qu’elles ne soient pas aussi parfaites que je le souhaitais. Craintes évanouies. À se dissuader pour la vie d’en faire chez soi.
  • Cannelés – aussi. Ai finalement investi dans une plaque de petits moules. Il a fallu attendre 24 heures, mais c’était terrible.

Restent les vrais hamburger, le gratin et le ceviche. Achat de deux avocats et d’une mangue la semaine dernière, mais n’ai pas le gout de faire un ceviche sans le bruit de la mer. Idée abandonnée. Vrais hamburger. Ai testé un nouveau restaurant. C’était une erreur. Pour le gratin, hâte d’être à jeudi.

Tu vois, aujourd’hui, ça va plutôt mieux. J’ai vraiment entamée une phase de rémission, peut-être aurais-je le courage d’alimenter la fenêtre sur cuisine ? À voir.

Je lis avec toujours autant d’attention vos nouvelles. Votre week-end m’a enchanté. Les cartes postales estivales et son voyage au japon tout autant. Ravissement devant la boite à sardines rouge. J’ai découvert aussi le site d’Aki. Si tu as le temps et que tu n’es jamais allée chez elle, je te conseille d’y faire un petit tour. Elle est en ce moment au japon et sa chronique est merveilleuse.

Dans ta lettre, tu évoques un nombre vertigineux de films. J’ai hâte que ma soeur se saisisse à son tour de ta correspondance pour que nous en discutions ensemble. Je demeure éternellement novice et t’avoue que, comme le cinéma c’est vraiment son truc, j’ai peine à m’immiscer dans cette passion. Nous avons souvent ri des petits films russo-norvegiens d’une imaginaire Nadia de Gourgousoff devant lesquels elle tombait en pâmoison. Pour autant, cela évolue aussi de ce côté là puisque S. et moi avons décidé de prendre une carte de cinéma cette année. J’imagine bien que ce n’est pas dans les immenses salles du multiplex que je pourrais voir les Rohmer etc., mais il est au moins possible de visionner des films comme Rien de personnel ou Mary & Max.

J’ai bien noté tes conseils cinématographiques. Vais demander à S. de les emprunter à la médiathèque. Je ne peux malheureusement pas le faire moi-même, depuis que, en troisième, j’ai refusé de rendre un Que sais-je sur la guerre froide. Don’t ask.

J’ai déjà trop écrit pour que tu n’ai pas sauté de nombreuses lignes.

Je t’embrasse,

Embrasse de ma part Mingou, P., les chéchés, Gracianne, Sarah-Louise et les autres,

Au plaisir de te lire encore encore,

7.

P. S. : Je te raconterai pour les films.

P. P. S. : Ci-joint deux plaques de chocolat noir. Elles viennent de l’usine V. Celle-ci se trouve dans un bled incroyable de la Drôme ou de l’Ardêche, je ne sais plus. L’une est aux épices, l’autre aux écorces confites d’oranges. J’espère que tu les aimeras autant qu’Anne et moi.

P. P. S. : On m’a offert le même petit cahier Mme Mo. Quand je pense à toutes ces ressemblances, je me dis que l’on ne doit pas être seules à aimer les cheese-cakes, les beaux crayons de couleurs, les noeuds et Marguerite. Syndrome natation sychronisée. Je ne sais pas si j’aime ça ou si cela me terrifie.

P. P. P. S. : Je ne voulais pas te quitter sans te parler de La lamentation du prépuce de Shalom Auslander, et, du même auteur, Attention, Dieu méchant. Désopillants.

P. P. P. P. S. – et c’est le dernier promis : écoutez-vous l’émission de G. Gallienne le samedi en fin d’après-midi sur Inter ? J’ai jubilé en entendant ses lectures de Proust.

Milk-shake à la fraise - Copyright © <Sucré salé / Riou>À la campagne, il m’arrivait de siroter un lait-fraise. Boisson inexistante depuis et qui, même à l’époque, était inexistante partout ailleurs que chez mes grands-parents.

Au fond d’un bol, ma grand-mère, car c’était elle qui avait accaparé le monopole de cette préparation, disposait une cuillère de poudre rose et arrosait de lait. Entier. Il fallait alors remuer avec un petit fouet pour dissiper les éventuels grumeaux et faire mousser. Ca j’adorais.

Je n’étais néanmoins pas particulièrement friande de lait aromatisé. J’aimais la couleur que la poudre donnait au liquide lacté, sa consistance crémeuse, la mousse donc. Et le gout quand même. Hautement chimique.

Je crois aussi que ce qui me poussait à en boire était son côté “verre-chargé-de-passé”. Passé dont attestait le paquet. Ce dernier était en carton d’une vingtaine de centimètres de haut, sur cinq de large. Éventré sur le dessus. Le bec verseur métallique ne semblait pas avoir encore été inventé. Les inscriptions sur le côté avaient partiellement disparu à force de frottements. Dans mon souvenir, il y avait aussi une cuillère en plastique aux couleurs passées ou pastels qui permettait de doser de manière idoine la quantité de poudre.

L’état de la boite, l’imprégnation du buffet de l’odeur de fraise, banane, orange – la boisson se déclinait en ces trois parfums – le fait que je n’avais jamais vu de telles poudres au supermarché ou chez des amies, lui conférait un goût désuet. Témoignage de l’enfance de mon père. Évocation de son quotidien d’alors. Breuvage précieux.

La maison a, depuis longtemps maintenant, été vendue. Les paquets de poudre, mais pas seulement, ont disparu. Ressacs dont le temps parvient à faire douter de la véracité. La mémoire se délite pour tout le monde.

Sans chercher à recréer exactement ce lait ni à retrouver des effluves évanouies, je prépare ce

Lait-fraise-d’avant d’aujourd’hui

  • 30 cl de lait d’amandes très froid
  • Une vingtaine de fraises, très sucrées (de bananes, de cerises, de figues, etc.)
  • Une rasade de sirop d’orgeat.

Mixer, servir, siroter.

Image provenant du site plurielles.fr

Cela sent pareil qu’avant. Et c’est propre. Sauf les verres qui ont été rincés rapidement, sans doute un peu négligemment. J’en suis dégoutée et m’en veux, mais refuse toutefois le jus d’orange qu’elle me propose. Je me dirige subrepticement vers la cuisine et jette un regard rapide dans le frigo. Du fromage de chèvre, des fraises au sucre, de la bombe chantilly (en quantité impressionnante), du jambon, des yaourts. Façon de prendre la température des occupants de l’appartement, à leur insu, sans les fliquer. J’adopte les réflexes d’usage avant le naufrage. Une apparence de normalité.

Nous sortons, il me prend le bras, s’y accroche un peu. Je sens bien qu’il est content de nous voir. Mais il ne me le dira pas. Il s’est – un peu trop – habillé pour l’occasion : costume, cravate, raie sur le coté. Il présente bien, mais a tellement maigri. A table, il s’étouffera. Nous sommes gênés. Moi pour lui et lui pour lui, peut être pour moi aussi. Le malaise terrible de se sentir partir, tout en étant encore là. Lui qui s’est tellement venté de ne pas aimer la vie semble avoir peur de la mort. J’aurais pensé qu’il voudrait cesser ce lessivage. Il nous aurait réuni pour nous faire part de ce choix, aurait confié à mon père les clés. Nous aurions été tristes et sereins. Cela aurait évidemment été plus facile. Pour ceux qui restent. Il ne choisit pas sa mort, mais je ne suis pas certaine qu’il choisisse encore sa vie.

Elle s’est faite coiffée la veille. Sur le chemin du restaurant, elle insiste pour “passer dire bonjour” à la jeune femme méchée et habillée en blanc qui s’occupe habituellement d’elle. Semblant de vie sociale. J’ai l’impression que nous marchons sur son quotidien. Plus tard, dans la voiture, je me moquerai de cet épisode. Vague malaise. Elle se fait du soucis pour lui et l’engueule. Mais alors que la conversation s’engage sur Benoît XVI, elle s’enfonce dans ses souvenirs, cohérents mais redondants. Dans lesquels jamais ses enfants n’apparaissent. L’Espagne et les Espagnols, son court passage au consulat d’Argentine (sans aborder la situation politique d’alors) et les traditionnelles déclinaisons racistes. J’ai la chance de figurer dans son album de souvenirs. Des sorties d’école au gout de mandarine. Elle a un analzaïmère, le sait, mais ne veut dépendre de drogues. Elle s’angoisse de convocations qui n’ont jamais eu lieu. S’angoisse pour le contrat de travail de la dame qu’elle nous montrera quatre fois, et rangera cinq.

Ils dérivent. “Non, mais physiquement ça va”.

Pour l’heure, j’apprends à recenser dans mon livre intérieur les doux moments. Ceux dont j’espère me souvenirs plus tard, lorsque peut être, mes petits enfants viendront me visiter et qu’alors je ne serais plus tout a fait ici ni tout a fait ailleurs. Laissant mon destin à la providence. Cette tarte au amandes et au citron m’ancre dans une réalité de soulagement. Je la partage avec ceux qui n’ont aucune idée de ce qu’elle représente. Cela l’allège d’autant.

La tarte au citron et aux amandes de P.

- Pour la pâte sucrée (vous en aurez probablement un peu trop) :

  • Farine – 250 g
  • Beurre salé – 150 g
  • Sucre – 90 g
  • Lait – une giclée

- Pour la préparation

  • Amandes réduites en poudre grossière – 100 g
  • Citron – Le jus de 3 gros (et s’ils sont bio … avec leurs zests)
  • Oeufs – 3
  • Sucre – 150 g
  • Beurre salé – 125 g

- Concrètement

  • Mélanger tous les ingrédients pour la pâte
  • Faire reposer la pâte. Il parait que 4 h s’imposent. Dans mon temps, cela fait 30 minutes
  • Pendant ce temps, mixer les amandes puis mélanger les ingrédients de la préparation
  • Foncer un moule et faire précuire le fond de tarte pendant 7 à 8 minutes à 180° (en pensant à recouvrir de papier sulfurisé alourdi pas des poids chiches secs ou autres)
  • Ajouter ensuite la préparation et poursuivre la cuisson pour 20 à 25 minutes.

Assise Affalée sur une chaise de jardin, les jambes étendues sur une autre. Il fait chaud pour la première fois de l’année. Nous avons englouti le barbec’ inaugural de saison, une salade assaisonnée à la perfection et un Saint honoré bien trop ambitieux. Il doit être aux alentours de 15h. Je renonce à l’écriture de l’article qui m’aurait confiné dans une chambre. D’Autres vies que la mienne m’importe et j’en reprends la lecture.

Il ne me faudra pas longtemps pour re-sentir le désarroi de la perte d’une sœur, d’une enfant, d’une précieuse collègue de travail, d’une mère. La colère sourde du renard qui sommeille dans le ventre, le chagrin inondant le diaporama. Et puis, au détour de quelques pages, de manière complètement inattendue, je verrai mon sujet de thèse intéresser des magistrats.

Incroyable tout ce que la vague des autres vies que la sienne bouleverse. L’impression de s’être confrontée à des instants attroces. D’avoir vécu l’instant où tout bascule. Le moment où, maintenant, la vie ne sera plus jamais comme avant. Et puisque la démarche de lire est volontaire, pourquoi vouloir ressentir ces chocs. Parce que ces temps là sont rendus si quotidiens. Parce que cela pourrait être demain. Parce que l’auteur y décrit la beauté des gestes mutuelles attestant l’amour des uns envers les autres. Acquérir des expériences. S’en sortir plus forte. Sensible.

Seul hic, presque inavouable, Emmanuel Carrère. Je l’imaginais grand, altier, châtains clairs et dans le soleil ces cheveux seraient devenus blond. Il ne ressemble aucunement à sa version fantasmée. Phénomène étrange, après avoir vu sa photo, il m’était impossible de calquer le livre sur son visage. Impossible de l’imaginer lui, dans son rôle. Je m’en suis voulue comme d’être allée voir au cinéma un roman apprécié. Comme si son histoire devenait factice. Comme une réplique gâchée par un mauvais acteur. C’était injuste. À bien y réfléchir, cet incident m’a rendu le roman. Les faits sont véridiques, mais ce n’est pas un real book. C’est un roman parce que les événements sont relatés. Mis en scène. Une subjectivité s’immisce nécessairement. C’est ce qui en fait un roman. Un excellent roman. C’est aussi ce qui pose une distance salvatrice entre la (ma) vie et celle du livre. Celle qui permet de se dire que, aujourd’hui, tout va bien.

À 18h30, j’avais des points rouges au bords des lèvres. Je remerciais le soleil d’estomper les larmes sur la robe et de m’autoriser à porter mes lunettes de soleil. Vivre cette expérience dans un lieu dénué d’intimité et devoir s’expliquer de tout ça n’était pas idéal. J’ai fermé les yeux, profité de la chaleur du moment et pris une grande inspiration. Je crois être passée inaperçue.

C’était un excellent premier mai.

En dépit de tout ce que j’avais ingéré, je me sentais complètement liquéfiée. Pour reprendre un peu de texture, les muffins au chocolat et noix de coco de Bob me semblait appropriées. Ai procédé à quelques modifications (aucun gout pour le chocolat en poudre). Résultat des plus convaincants.

Les muffins Choc/Noix de coco pour redonner de l’épaisseur

Pour 6 muffins dans des moules de 6 à 7 ctm de diamètre :

- Les ingrédients secs :

  • 50 g de farine complète
  • 100 g de sucre
  • 1 cc de levure chimique
  • 30 g de noix de coco râpée

- Les ingrédients liquides :

  • 40 ml de lait de coco
  • 50 g de chocolat noir à faire fondre dedans (on peu encore monter la dose à 85. À 50 c’était presque limite)
  • 60 ml d’huile de tournesol (un vrai plus comparé au beurre, le muffin gagne en moelleux).
  • 2 œufs, blanc et jaunes séparés

- La recette

  • Four à 200°
  • Mélanger d’abord tous les ingrédients secs
  • Huile + jaunes d’œufs
  • Lait de coco + chocolat à faire fondre
  • Intégrer le liquide avec le sec
  • Monter les blancs en neige et les incorporer à la préparation
  • Mettre dans les moules et saupoudrer d’un peu de noix de coco
  • Cuire 20 minutes.

Au final, les muffins sont très moelleux, pas secs du tout, un vrai gout de noix de coco (la conjonction lait + noix râpée est à cet égard est vrai succès). Ils se conservent parfaitement. Idéal avec un genmaicha et un bencha hojicha.

“C’était il y a cinq ans. Un ami m’avait envoyé des Etats-Unis le magnifique ouvrage de Claudia Roden, The book of Jewish Food, sur la cuisine juive dans le monde. Je m’étais assise à ma table et je le lisais, comme on lit des poèmes ou des contes, tournant les pages avidement, incrédule face aux richesse que me dévoilait chaque chapitre organisé autour d’une région. J’arrivais enfin à ce qu’elle nomme “Anglo-Jewery” et qui désigne en fait la cuisine russo-polonaise. Je passai rapidement la section des soupes et des nouilles pour me plonger dans la pâtisserie. Je lus le gâteau au fromage blanc, l’apfel strudel, et soudain, mes yeux s’emplirent de larmes car je me rendis compte que j’étais en train de déchiffrer la recette des biscuits de ma grand-mère Tsila, disparue une dizaine d’années plus tôt.

Les pletz (c’est ainsi qu’elle les nommait) étaient de petits sablés au graines de pavots, dont la production hebdomadaire assurait la consommation quotidienne. Elle les conservait dans une boite en fer-blanc carrés que j’adorais ouvrir, que j’adorais qu’elle ouvre. Les pletz étaient une nourriture parfaite : croquants, pas trop sucrés, parfois grillés sur les bords. Ils étaient irréguliers et souvent assez moches, parce que ma grand-mère n’avait rien d’une maniaque ; mais leur disgrâce ne faisait qu’ajouter à leur magie.

Je pleurais en lisant la recette à cause du souvenir du pletz émmieté dans le thé de Mami, à cause des choses perdues et jamais retrouvées, à cause de l’enfance si lointaine.

Une semaine plus tard, je décidais d’en fabriquer une fournée. J’achetais les ingrédients nécessaires et entrains dans ma cuisine, armée du livre rédempteur. je le feuilletai rapidement, impatiente de retrouver la page que j’avais dû corner. Mais non, je tombais systématiquement sur le lekeh, ou les oumentashen.”

Agnès Desarthe, Le remplaçant, Édition de l’Olivier, 2009.

Tout raisonne. Le rythme. La sonorité des mots. Les dibboucks. L’analyse des objets précieux, entreposés dans les placards des grands parents. Les histoires que l’on s’invente. Tout.

87 pages de plaisir, de sourires, de serrement de gorge. 87 pages d’hommage au remplaçant de son grand-père. 87 pages de réflexions enfantines. 87 pages à lire. Évidemment. Résolument.

*

* *

S’il fait soif et que votre gosier réclame du chaud, un breuvage simplement délicieux, une infusion de gingembre frais.

  • De l’eau frémissante
  • Du gingembre frais coupé en dés
  • Éventuellement un peu de sucre

Placer les dés de gingembre dans un petit sachet ou une boule à thé et verser de l’eau chaude dessus, dans un thermos. Laisser infuser le temps que vous jugerez nécessaire selon votre gout, et agrémenter au besoin d’un peu de sucre.

Presque pas une recette, mais une boisson découverte et non oubliée depuis, dans un lieu où l’on parle avec un accent et où l’on déguste, simplement, des smoothies, muffins, sandwiches et salades. Au Bob Juice Bar.

photocanard-laque

Nous demandions toujours la même table. On y allait tous les six. Mon père, K., ses enfants, ma soeur et moi. Nous commandions des entrées à partager, elle commandait nécessairement et invariablement un canard à l’ananas et, en dessert, nous options très souvent pour un assortiment de nougatines (dures et molles). Parfois du gingembre confit. Ses repas n’étaient réjouissants que par leur saveur. La conversation, elle, en manquait cruellement. Ils se sont espacés. Puis il n’y en a plus eu du tout.

C’était la première fois que nous avions rencontré P. Habituées que nous étions, nous lui avions conseillé les noix de saint jacques, sauce piquante. Servies sur plaque chauffante. S’imaginant cuit sur le grill, il s’était senti obligé de répondre de manière blessante. Il n’a pas fait long feu.

Il y était allé fréquemment avant que l’on se rencontre. Avec ses parents. De sorte que c’était un peu étrange d’avoir chacun un passé dans ce lieu qui nous était maintenant commun. La première fois qu’ils m’avaient invité au restaurant, c’était encore ici. Et curieusement, nous avions dîné à la table favorite de mon père. Je m’étais assise, de manière presque automatique, comme dans ma cuisine, sur ma chaise, à ma place. Grand luxe, ce soir là, nous avions consommé le Canard laqué. Spécialité des lieux. Dégustation protocolaire. Peau croquante puis chaire moelleuse, petites crêpes farceuses et soupe parfumées. Institutionnalisation.

Depuis, nous y retournons tous les deux. Assez souvent. Tellement que notre nom évoque une table pour deux à l’étage avec des petites chips crépitantes et un verre aux accents de litchis. Nems brûlants pour lui, rouleau de printemps aux crevettes pour moi. Allergique aux carottes et cacahouètes, mes lèvres se mettent à gonfler et à chatouiller. En mordillant, cela passe. J’aime ça. Nous y partageons un canard à la mangue, un poulet aux amendes ou aux champignons noirs et pousses de bambou. En dessert, je me repais de boules de neige. De la pâte de riz contenant de la purée de cacahouètes. C’est indécent. Tout comme les serviettes fumantes de la fin de repas.

Cela s’appelle le Canard Laqué. Et sur le rose des nappes, défilent quelques images du septième.

photo

DSC_2834_1 par vous

Écrire encore encore encore.
Se sentir produire.
Vivre, en fait.
Finir d’écrire. Pour un moment.
Souffler.
Respirer.
Puis ne plus le pouvoir. Sinusite, mouchoirs, huiles essentielles.
La grande armada au chevet.
Au programme : des livres, un DVD et un ingrédient qui rendrait fou l’amant de BarBara.

** Des livres **

La radio s’ouvre tous les matins, à 6h45. Heureux moments que ceux du demi-someil. Encore un peu. Se rendormir en renouvelant les douces pensées adressées à notre oreiller quelques heures auparavant.
Un de ces matins, la voix de Philippe Djian m’avait fait rire. Je ne me souvenais que de cela lorsque, finalement, je m’étais levée.
Plus tard,  j’entrais dans la librairie et demandais à l’homme aux milles et unes chemises mais à l’unique paire de lunettes de me conseiller pour “mon premier Djian”. Serrement au cœur, une mou traverse son visage. Une mou à la mouai, une mou à la bof, une mou à la “et-celui-ci-il-est-vraiment-bien-vous-devriez-le-lire”. L’auteur qui avait fait rire mon peu de conscience n’emballait pas mon libraire, auquel pourtant je livrais ma table de chevet en pleine conscience.

Il me recommandait finalement Sotos après un : “Celui-là est pas mal” et cette précaution d’usage : “oui, Djian, c’est assez visuel comme écriture. Cela fait très série”.

Folle corrida par vous

Lecture rapide. Bon signe. Et je n’étais pas encore malade.
L’histoire importe peu. Dans ce livre, on court, on boit, on a chaud, on se baigne, on saigne, on brûle, on pique. Beaucoup d’émotions. Parfois un peu d’ennui. Les instants fous n’en sont que renforcés.
Étonnamment, impossible de dire où se déroule la scène. Déroutant mais intriguant.
Bien monté, un livre sur le mode : aujourd’hui, hier et maintenant que devenons-nous.
Un style directe. Franc. Cru. Le lecteur n’est pas épargné. On en redemande. Certainement que la réaction serait différente si le livre était adapté à l’écran.

Je quittais Sotos avec regret. Espérant retrouver Djian très vite.

¨¨

Librairie de Villard de Lans. Petite rivalité entre libraires – peut-être. Son honorable propriétaire laisse échapper une gaugne à l’allusion de Sotos, assortie d’un “celui-là, il n’est pas très bon … Le dernier n’est pas mal”. Il y aurait des bons et des mauvais Djian. À la fois, je n’ai pas aimé tous les Chabrol – pas tous vus d’ailleurs -, ni tous les Dubois – pas tous lus d’ailleurs. J’acquiers le dernier opus dudit Djian, Impardonnables.

Erreur. C’est long. C’est lent. C’est vieux. Plus rien de la sensibilité à vif. On se meut difficilement entre rancune et suspicion, entre grand névrosé suicidaire et mère, dégoutée des hommes, atteinte d’un cancer. Il y a toujours de la drogue, mais elle est pathétique. Il manque le mojo, la précieuse énergie qui avait fait que dans Sotos les personnages borderline n’étaient pas caricaturaux. Déception.
La seule chose qu’il m’en reste est l’évocation d’une rupture totale des liens filiaux. Rupture que jusqu’alors je ne pouvais conceptualiser et encore moins ressentir. Cette fragrance s’imprègne dans mes narines. C’est peut être déjà beaucoup.

J’abandonne quelques temps le roman au profit de l’essai de Pierre Bayard, Le plagiat par anticipation. Cela peut toujours servir.

** Un DVD **

Arte a édité toute une série de documentaires, plutôt bien faits. L’un d’entre eux, ayant trait au Talmud, s’était retrouvé – par l’attention précieuse de ma mère – dans mes cadeaux de Noël. J’avais eu envie de le garder pour le moment opportun. Ce samedi, S. parti skier, je me retrouvais seule, à 9h00, le nez bouché. Parfait pour visionner ce DVD.

Introduction par vous

Tous les vendredis, s’adonner à l’art du commentaire. Commentaire de loi, d’arrêt, de texte. Comprendre, analyser, réfléchir, mettre en parallèle. S’inscrire dans d’autres écrits, dans une réalité séculaire. En être. Par l’étude.

Tous les vendredis soirs. D’autres rituels. Mais il est toujours question de loi. De droit. D’encadrement. Et là aussi, aucune passivité. Interroger le livre, l’analyser, le commenter. En être. Par l’étude.

Le Talmud rassemble la loi écrite et les discussions rabbiniques, les querelles d’écoles, les analyses. De la doctrine. Cela raisonne.

Ce DVD n’explique pas le Talmud. C’est dommage. Ne pas s’attendre à des développements sur le raisonnement talmudique. En revanche, on le voit vivre. Sa naissance, ses destructions, ses résurrections. Quelques propos liminaires et c’est bien tout. Rien à voir avec L’invitation au Talmud de Marc-Alain Ouaknin. Mais les ambitions d’un DVD et d’un livre ne sont probablement pas les mêmes.

** Un ingrédient qui rendrait fou l’amant de BarBara**

Je me suis accrochée au syllogisme comme à un radeau. Agrippées. Pour garder la tête hors des eaux troubles de ma subjectivité. Pour garantir un raisonnement juste.

Lâcher du leste. C’est ce à quoi ma directrice m’incitait. Car les syllogismes nous nous trompent. Tout ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est rare. Alors un cheval bon marché serait cher ? Face à mon radeau qui prenait l’eau, je me suis jetée sur Le raisonnement juridique de M.-L. Mathieu-Izorche.

J’y croisais Aristote et le syllogisme en forme de BarBara. Et un visage connu, mais dans bien d’autres circonstances. Lewis Caroll. Vous ici. Alice au pays des merveilles, traité de logique et du syllogisme. Incroyable. L’ouvrage est truffé de raisonnement fou tel celui-ci : la tête du chat apparait. Le roi ordonne que l’on lui coupe la tête. Le garde indique néanmoins qu’il est bien impossible de couper une tête sans corps. Alors : on peut décapiter tout ce qui a une tête, le chat a une tête, on peut décapiter sa tête ; ou on peut décapiter tout ce qui a une tête et un corps, or, ce chat n’a pas de corps, on ne peut donc pas lui couper la tête. Passionnant.

Cela raisonne.

Pour fêter cela, je me devais d’essayer un ingrédient fou, un ingrédient qui hurlerait EAT ME, un ingrédient qui me ferait grandir du syllogisme : Le PANDAN.

Plus d’œufs. Pas la brioche, pas le cookie. Alors du riz au lait vert.

EAT ME par vous

C’était, semble-t-il, indescriptible. De ce que mon nez bouché m’a laissé percevoir (après avoir sniffé des huiles essentielles), j’ai senti des odeurs d’herbes coupées (peut-être lié aux huiles) et de beurre fondu. À vrai dire, je n’arrive toujours pas à prononcer les “n”. Je reste dans l’expectative. Espère vite retrouver mes sens – sans sniffage intempestif.

MERCI MERCI MERCI encore à ma précieuse donatrice.


C’était un peu avant Noël. Je m’en étais remise au libraire de Villard-de-lans, un homme charmant, caustique à souhait qui, chose assez rare me semble-t-il, témoigne toujours d’une douceur presque paternelle. J’adore me promener, ou plutôt tourner dans l’échoppe. Une grande table centrale sur laquelle sont amoncelées des piles de romans, d’essais et même quelques recueils de poésie, qui sur la tranche, qui sur la quatrième de couverture. Autour, des étagères. L’espace est plus qu’optimisé – voilà qui plaît au Suédois -, mais quand même saturé – voilà qui me plaît. 

Je m’en étais donc remise à lui, ne sachant trop que choisir pour accompagner les dernières heures de la journée. Pas triste. Pas de la Shoah. Pas policier. Pas peur. Pas romance. Pas tea time. Pas bien pensance. Pas Camille Laurens. J’étais donc un peu difficile. Mais rien de pire que de gâcher un livre que l’on n’est pas disposé à lire à un moment donné.

Il me mit dans les mains un bouquin de José Luis Sampedoro, Le sourire étrusque. « Tu verras, celui-là, il est magnifique ». Bien, bien. Je lis la quatrième, un peu sceptique. Il semble encore habité par le livre et en parle avec entrain. Insoupçonnable de vente forcée. Il a aimé le livre. Soit. 

 

DSC_1944.jpg par vous

Une musique entendue à un moment de profonde tristesse reste irrémédiablement triste. Elle garde l’empreinte de ce moment. Pour les livres, le phénomène est identique. Il s’imbibe de l’humeur avec laquelle je le saisis. Je n’avais envie de rien, en même temps ma table de nuit était seule et moi avec. Et puis j’aime acheter des livres dans cette librairie. C’est donc avec ce bagage que j’ai commencé, plusieurs semaines plus tard, la lecture du sourire.

Il m’a suivi trois nuits. Ne le lâchant qu’à regret lorsque vraiment la nuit était avancée et que les grognements – réels – de S. se faisaient tels qu’il allait incessamment sous peu se réveiller, lumière oblige. Le lendemain au petit déjeuner il me demandait de ses nouvelles.

- C’est pas mal…

- Quoi, juste pas mal, attends tu t’es couchée super tard.

- Ben, c’est prenant… Mais cela n’a rien de sensationnel. C’est presque cul-cul.

Remarque de ma soeur à l’évocation de la cul-culïstique sourriresque : 

- Cul-cul genre feuilleton de l’été ? 

- Non, ça c’était vraiment Une odeur de gingembre … Non, non, cela ne vaut pas Terre indigo. Nan mais c’est bien quand même, hein. Mais bon ce n’est pas le livre qui marque une vie.

Parce que j’étais tellement difficile en entamant ce livre, qu’il aurait vraiment fallu qu’il soit merveilleux pour me plaire. 

“ À l’occasion d’un examen médical, Salvatore quitte Roccasera et sa Calabre natale pour Milan, où réside son fils. Il fait la connaissance de son petit-fils Bruno, avec une émotion d’autant plus grande que l’enfant porte le prénom qu’il s’était lui-même choisi lorsqu’il combattait avec les partisans. Entre son impossible accoutumance aux us et coutumes de la vie milanaise et sa mémoire qui ne cesse de retourner à la guerre, Salvatore organise sa nouvelle existence. Pour le peu de jours qu’il lui reste à vivre, le vieux paysan n’entend pas se laisser dompter par la modernité citadine… Bouleversant de justesse et de talent, empreint d’une grande humanité, Le Sourire étrusque visite les réalités d’une Italie à plusieurs vitesses. Une histoire d’amour, de résistance et de mort qui se joue du temps”.

Alors, le vieux est très vieux. Et son fils est très mou. Et le vieux paysan est viril. Et son fils est délicat. Et sa femme est dure. Et l’amoureuse du vieux est compréhensive. Et le bébé est en symbiose avec le vieux. Et le vieux se croit encore être un partisan, sauf que là, il lutte contre la grande ville. Et il va mourir. 

Le talent de l’auteur est de faire passer cette histoire d’homme face à sa vie et d’homme face à sa mort… Plutôt bien. Les phrases sont courtes. Pas d’envolée lyrique. Trois jours, c’est court. En même temps c’est suffisant. 

Je crains que l’humeur au jour de l’acquisition n’ait que trop embaumé les pages du sourire.

*

*    *

Pour être complètement honnête, dans les pages du sourire il y avait quand même du soleil de place de village. Celui dont les vieux, assis sur une chaise inoxydable, la cane entre les jambes, se repaissent. Il sent le chaud de l’été. Et c’était rudement bon de le sentir dans cette tarte aux agrumes. (What a transition folks).

 

DSC_1951.jpg par vous

 

The ultimate tarte aux agrumes  - Clea Style

  • Pour la pâte à tarte 
    • 100 g de farine
    • 30 g de poudre d’amande
    • 40 g de beurre (salé)
    • 1 bonne cuillère à café de purée d’amande
    • 1 jaune d’oeuf
    • 25 g de sucre blond de canne
    • Un peu d’eau

Tout mélanger, étaler et cuire à 180° pour une vingtaine de minutes.

  • Pour les agrumes
    • 100 ml de jus d’orange (avec les zestes)
    • 100 ml de jus de pamplemousse 
    • 100 ml de jus de citron
    • un peu d’eau
    • 2 oeufs + 1 blanc (qu’il reste de la pâte)
    • 1 bonne cuillère à soupe de farine (je n’avais pas de maïzena)
    • 120 g de sucre 

Dans une petite casserole mettre le sucre, la farine un peu d’eau et les zestes. Mélanger et faire fondre sur feu doux.

Pendant ce temps, mixez les oeufs avec les jus. Ajouter au mélange sucre/ farine et sur feu vif bien remuer. 

La préparation va sous vos yeux ébahis s’épaissir en quelques minutes. Quand la bonne consistance est atteinte, verser sur le fond de tarte. Laisser un peu refroidir. Vous verrez, elle est incroyable.

Acide.

On a toqué à la porte du septième. Une petite voix a demandé à travers le bois : « Il y a quelqu’un » ? 

J’ai eu envie de répondre ceci :

Alors quoi, le pallier ne sent plus les petits financiers, la soupe à l’oignon et aux épices et les tajines aux citrons confits ? 

Alors quoi, la table du balcon n’est-elle pas toujours recouverte de tarte-à-refroidir, de panier du marché et de plaques du four abandonnées. 

Alors quoi, on ne visite plus ses voisins ? On ne leur offre plus des petits gâteaux de Noël ?

Et tout ça, sans prévenir. Même pas un petit mot sur la porte. Même pas donné les clés au gardien.

Alors quoi ? Bien sûr qu’on habite toujours ici !

Mais j’ai finalement ouvert la porte et dit : 

Oui oui ! C’est juste que l’on était un peu sec. 

Un peu sec en mots – deux thèses, dix doigts, vingt-quatre heures.

Un peu sec en maux – deux thèses, deux psys, vingt-quatre carnets.

Presque sec en vrai – presque – Noël ne nous a pas échappé.

Seulement, le contrat de bail du septième contient trois clauses essentielles : le poids des mots, le choc des photos, l’attrait d’une lecture ou d’une recette. 

Pour sortir de cette séquitude, les voisines de palier viendraient boire un thé presque brûlant et on goûterait des tranches de cake à l’orange séchées/grillées. Comme on ne se serait pas vu depuis un moment, je vous parlerais du dernier livre – presque cul-cul – qui m’a traversé les mains. Et – oh miracle – avant que vous ne repartiez, je vous donnerais les petites choses qui auraient dû rejoindre vos foyers réciproques avant les fêtes, mais qui … sont toujours sur le guéridon de la cuisine. À attendre désespérément un colis.

 

*

*    *

 

Biscakes de radoumi


DSC_1923.jpg par vous

 

La sécheresse s’est abattue sur les mots du septième. Fort heureusement pour ses habitants, nos yeux et nos papilles ont été épargnés. L’assèchement n’a pas atteint beaucoup d’appartements, de sorte que la source du bloglines ne s’est pas tarie. Avec chaque jour son petit filet de recettes, de bons articles et de jolies photos. Impossible de recenser tous les plats directement tirés à la source… Mais un des derniers était celui-ci … Et comme il souffre très bien le dessèchement des derniers mois, il se retrouverait dans la dînette.

La lecture des obsessions, collantesques et anti-américaines notamment, me faisant toujours autant sourire, c’est avec un réel plaisir que je découvrais ce nouveau post de la plus avouée des radines. Sa gourmandise s’était, ce jour-là, portée sur des sandwichs maternels et un cake à la marmelade d’orange de Nigel Slater. L’évocation des premiers m’avait émue, celle du second mise en appétit. D’autant qu’il y a quelque temps, prises d’un IvegotBritaininmymind’s syndrome, j’avais cédé à la tentation de réaliser une quinzaine de pots de marmelade. 

Suivant quasiment à la lettre les prescriptions

  • 80 g de beurre salé bien mou
  • 2 cuillères à café bombées de purée d’amendes complète
  • 3 oeufs légèrement battus
  • 100 g de sucre roux
  • 1 orange non traitée (zest + jus)
  • 190g de farine (semi-complète)
  • 1 sachet de levure
  • 3 cuillères à soupe bombées de marmelade d’orange

Les ingrédients  furent mélangés, transvasés dans un moule idoine puis cuits environ 45 minutes à 180°.

Le résultat était tout à fait à la hauteur des espérances placées en Nigel. Le côté ”complet” en plus – dû à la farine et à la purée d’amende complètes. Servi après une soupe de pâtes aux herbes, c’était presque trop. Au petit déjeuner du lendemain, il était parfait. Son destin aurait pu être avalé de la sorte … Mais il fut victime de notre tendance au “c’est trop bon, il faut qu’on en garde”, tendance ayant déjà atteint – à notre plus grande honte – des macarons L.

Torchonné, il est resté sur le plan de travail. Une bonne semaine. Devenu sec. 

Parce qu’un cake de Radoumi ne se jette pas, il était inconcevable de le laisser allez à sa perte de la sorte. Découpé en tranches d’un bon centimètre, poêlées sur feu moyen, les derniers reliquats du cake se sont définitivement asséchés, au point de devenir croquants et chauds. Un peu de beurre salé sur cette biscotte de luxe. La finesse de l’orange. Un pur délice. 

À en devenir loquace.

Il était un peu plus de minuit ce mercredi soir, ou jeudi matin. Le film avait commencé en retard, et avait trainé en longueur, au gré des présentations pré-projection et autres débats post-film. Parce que c’est toujours comme ça dans un festival de cinéma, cette première édition du festival Justice à l’écran de Grenoble ne dérogeait pas à la sacro-sainte règle.

Il était donc un peu plus de minuit lorsque leur absence me sauta – pour ainsi dire – aux yeux.

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Dimanche matin devant la pâtisserie. L’avent appartenait pour quelques jours encore à l’avenir, mais le froid, lui, s’était déjà bien installé. Encore quelques minutes avant de pouvoir pénétrer dans la chaleur des “Goulets”. Rose* s’en voulait d’être venue à cette heure-là. Elle se remémora sa conversation de la veille avec sa fille. Il fallait qu’elle cesse de toujours se faire des reproches. Le rôti n’était jamais assez bien cuit et le gratin pas assez salé. Les vacances avec les petits enfants gâchées, faute pour elle de pouvoir courir sur les dunes. C’était de sa faute si son mari était parti.

Rose s’en voulait régulièrement. Longtemps elle crut que cette auto-culpabilisation la poussait à mieux faire. Elle n’osait s’avouer perfectionniste, mais lorsqu’on le lui disait, elle rayonnait intérieurement. Ses enfants s’étaient lassés de ses jérémiades. Biberonnés à la lamentation, ils en étaient écoeurés. Les fils s’étaient éloignés. Physiquement d’abord. Et puis ils appelaient un peu moins. Sa fille l’appelait souvent.

Prune ne se résignait pas à voir sa mère perpétuellement dans le dénigrement. Elle avait l’impression que ce jugement négatif d’elle-même coulait sur leurs liens filiaux et les dissolvait. Un jour, elle se décida à le lui dire. Franchement. Crûment. Ce soir-là, Rose entendit la sonnerie du téléphone. L’écran phosphorescent du téléphone indiquait “Prune Maison”. D’un souffle elle répondit “Allo”.

- C’est moi, ça va ? 

- Ça va, ça va. J’ai encore mal à mon genou. Tu sais avec l’opération … J’ai dû trop marcher. Je voulais aller faire mes courses plutôt que de laisser faire Announciate. Tu comprends ? 

- Mais laisse-la faire. C’est son travail. Et puis ça évitera que tu te plaignes tout le temps. 

Piquée au vif, elle répondit un peu sèchement ”bien sûr, tu ne peux pas comprendre… Tu verras quand tu auras mon age”.

Cette simple remarque n’aurait pas dû la mettre dans un tel état. Mais elle se rajoutait à tellement d’autres. Prune n’était pas dans la compréhension. Elle était dans le fait : sa mère se plaignait sans cesse. Elle était dans l’énervement : elle avait subi ça pendant trente ans. Trente ans à réconforter sa mère, trente ans de gratin parfait et de rôti cuit à la perfection. Trente ans de silence. Elle prenait beaucoup sur elle-même. Elle le lui dit. Et oui, si leur père l’avait quittée, cela n’était peut-être pas pour rien. Qu’elle y réfléchisse. Elle raccrocha. Elle savait qu’elle lui avait fait du mal. 

De l’autre côté du fil. Rose se leva de son fauteuil et alla ouvrir en grand la fenêtre. Il faisait froid. Elle respira jusqu’à s’en brûler les poumons. Regarda la rue en bas. Le téléphone sonnait à nouveau. Elle ne voulait plus l’entendre.

Dans un peu plus d’un mois, cela serait l’anniversaire de Capucin. Il aurait sept ans. Comme chaque année, il viendrait chez sa Mami avec ses parents et ses frères et soeurs. Elle y pensa. 

C’était ce dimanche. Le rôti dominical était dans le four. Le gratin de courge à réchauffer. Le gâteau qu’elle avait commandé fût placé dans une belle boite verte. Ils arriveraient dans un peu moins d’une heure.

 

 

* Rose est née dans une boîte à sardines et elle aime beaucoup les muffins chocolat-azuki.

*

*   *

Violette, l’ainée, partait bientôt aux États-Unis. Elle lui avait confectionné une pumpkin pie de Thanksgiving**.

Debout dans la cuisine par vous

 

- Ingrédients : 

* Pour la pâte

  • 250 g de farine 
  • 3 cs de sucre
  • 125 g de beurre salé froid
  • De l’eau très froide
  • * Pour l’appareil

  • 20 cl de crème fraiche épaisse
  • 20 cl de lait
  • 3 oeufs
  • 1 potimarron (une fois cuit : 350 g de chair)
  • 100 g de sucre
  • 1 cs de cannelle
  • 1 cs de gingembre en poudre
  • 1 cs de gingembre en morceaux
  • 1 cc de noix de muscade 
  • 1 cc de fève tonka
  • * Pour la chantilly au sirop d’érable

  • 20 cl de crème fleurette
  • 5 cs de sirop d’érable
  •  

    - Recette

    * Pour la pâte : mélanger ensemble les ingrédients secs et ajouter très progressivement un filet d’eau jusqu’à la formation d’une pâte moelleuse. Placer-la au frigo pour une trentaine de minutes.

    * Pour l’appareil : 

    Allumer le four à 175 °. Y placer le potimarron évidé de ses graines et coupé en deux. Vérifier la cuisson en plantant un couteau dans la chaire. Compter environ 30 à 40 minutes.

    Mixer tous les ingrédients ensemble et ajouter la chaire de potimarron (tiède).

    Étaler la pâte, la précuire une dizaine de minutes.

    Verser l’appareil, faire cuire une trentaine de minutes, puis laisser dans le four jusqu’à ce qu’elle soit tiède. 

    * Pour la chantilly

    Mettre dans le siphon le sirop et la crème. Placer au frigo au moins une demi-heure à l’avance.

    ** Recette issue de Smitten Kitchen et de Tetellita.

     

    L’humeur vagabonde fait partie des émissions-à-bain ou-à-canapé. Ou -à-bain-à-canapé. Un livre, une pièce, un film, une musique. Sa voix, chaude et enveloppante. Ses questions, précises, délicates, intelligentes. Un moment à soi entre la maison et la maison ronde. Penser avoir appris quelque chose, avoir été émue. Avoir eu envie de lire, de voire, d’écouter, encore après l’émission. 

    Depuis cette année, j’écoute avec d’autant plus d’émotion cette émission qu’elle y participe. On entend sa voix de l’autre coté de la radio. Elle nous fait la lecture et parfois nous donne à entendre de jolis sujets. Cela me semble étrange et si naturel.

    Ce soir, l’humeur feuillettera ”le vrai goût de New-York en 50 recettes” de Jean-Louis André et Jean-François Mallet.

     

    Hâte de les entendre. Voir s’il sera question de NY Cheese-Cake, de pastrami et autres fairy cupcakes et bagels. Voir si la vision que j’ai de la NY food, fondée sur une mince experience personnelle, des reportages culinaires, un blog new-yorkais ou celui d’un gourmet en vacances… Voir si elle est partagée ou, au contraire, déformée, enjolivée, idéalisée. Voir s’ils ont réussi à ne pas tomber dans le cliché.

    Et puis, l’humeur prendra un verre au Bob juice bar, dont on m’a tant parlé. J’imagine un Rose-Bakery new-yorkais à Paris. Le cliché peut aussi avoir du bon.

     

    juicebarD.jpg par vous

     

    *

     

    *          * 

     

    Sa vie est tout à fait fascinante. Tellement qu’elle ouvre un blog. Tellement qu’elle ouvre un blog excellent. Drôle, fin, un peu bobo, beaucoup girly. Tellement qu’elle l’a publié. Tellement elle a de visites. 

    Elle est d’autant plus fascinante qu’elle a créé un site : mon beau sapin.org. Le concept est aussi incroyable que son auteur : tous les jours, un auteur de BD poste un dessin. Tous les jours, Orange comptabilise le nombre de visite sur le site. Jusqu’au 25 décembre, jour où cette société offrira, au prorata de la fréquentation, un chèque à la Croix rouge pour offrir aux enfants des cadeaux. 

    Allons-y, Allez-y, Parlez-en.

     

     

     

     

     

    Une chape de plomb pesait sur l’appartement et plus généralement sur toute la ville. Grise et blanche. Presque aveuglante. La cuisine ronronnait du chaud du four et de l’odeur des scones du matin. S. dormait encore, plus pour longtemps. Le thé ramené l’année dernière d’un grand magasin vert, le beurre froid et l’éternelle marmite. 

    Petite somnolance. Du travail à faire mais envie de ne rien faire. Se pelotonner à l’intérieur mais ne pas vouloir y rester toute la journée. J’ai un peu pensé aux colis et à noël. Aux cadeaux et aux recettes. Suis alors tombée dans sa Foodbox (note du 14 novembre) et y ai trouvé ses canestrelli au limoncello et à l’huile d’olive. Lumineux et doux. Parfait alibi s’il en fallait un.

    La pâte si parfumée, le plaisir de jeter de la farine - un peu partout -, petit emporte-pièce, plaque. Dans le four, cela sentait bon les vacances à Capri. Les vacances de première ES, Pompéi et les soirées dans les chambres, le paquet de cigarettes bleu. J’ai remercié Lili pour ce fumet cul-cul-istiquement fantastique.

    *

    *   *

    Refaire surface. Envie d’aller voir au dessus si on y est.
    - J’espere que l’on va trouver un peu de soleil … Je mets quoi comme chaussures ? 
    - Tes baskets. Et prends un bonnet aussi. Tu vas avoir assez chaud ? 
    - Attends on va prendre un thermos et des petits sablés.

    Poumons par vous

    Comme je ne supporte pas la voiture, surtout par temps blanc, le siège est couché. La voiture se transforme en un immense berceau, la dame de France cul’ nous fait visiter le petit palais, la cérémonie du thé et l’ikebana. Je sors de l’esprit zen au col, le brouillard se déchire. Les couleurs sont incroyables. Le bleu franc et le vert si vivant. Hâte d’être arrivée.

    Vert par vous

    Un monde pas croyable là haut. Tout Grenoble est monté respirer. Des files de fourmis colorées sur les pans verdoyants de la petite montagne. On se joint à elles. Le vent, le soleil, la mer partout. On se sent vivre ici.

    Frais par vous

     

    *

    *   *

     

    Le limoncello a disparu des petits gâteaux. Resté bloqué dans le four ou dans le temps. Ce nouveau thé sera délicieux froid cet été.

    Petits sablés au limoncello par vous

     

    Les cani(e)strelli potentiellement au limoncello de la valise italienne de la foodbox (avec les aménagements rendus nécessaires par les pénuries locales) 

     

    • 180 g de farine
    • 100 g de beurre pommade
    • 2 càs d’huile d’olive extra vierge
    • 3 càs de Limoncello
    • 70 g de sucre

     

    . Mélanger tous les ingrédients ensemble jusqu’à obtenir une pâte assez aérienne, presque mouseuse, legère en tout cas.

    . Placer au frigo cette boule de pâte pendant une petite demi-heure.

    . Etaler (ici cela serait plus 3-4 mm que 5-8 … option petits sablés c/palais bretons) et découper des petites formes avec un emporte-pièce.

    . Enfourner à 145° pour 10 minutes et saupoudrer de sucre à la sortie du four. 

     

     

     

    Vous vous promenez appareil photo en bandoulière et ramenez de jolis trophées. J’aimerais passer, si ce n’est la fin de mes jours, du moins la fin de ce jour dans les arbres que vous prenez en photographie. Perchée, comme le baron. De blogs en blogs, d’arbre en arbre, j’irai en Allemagne et puis en Grande-Bretagne et au Canada. Je dégusterais les petites merveilles locales, celles que vous glisseriez dans un panier et que je récupérerais avec une corde. Dans mes rêves, il y aurait des cookies moelleux au potiron et chocolat et des hermit cookies aussi ; je gouterais bien cette mystérieuse confiture et dans un autre genre la recette de briouats express d’agneau aux épices et les lasagnes de Gracianne. Sur du bon pain (que j’aurais fait en utilisant une farine bio pour les nuls), j’étalerais de la marmite et de l’home made apple butter. Après ce festin, je m’allongerais sur une branche, emmitouflée dans une grosse doudoune et somnolerais.

    *

    * * *

    Je rêve de maisons et d’appartements vendus. De terrasses sur lesquels nous avions l’habitude de croquer dans des tranches de baguettes grillées. Celles sur lesquelles le beurre bien froid fondait délicatement. De vignes où l’on se cachait. D’un saule pleureur avec une balançoire dessous. Je respire le parfum des roses de dessous l’escalier et celui des petites fleurs dans l’allée de la piscine. Le grand figuier. Tout ces lieux où nous n’irons plus. Tout ces visages, définitivement perdus. Le temps s’écoule inéluctablement. Me laissant aussi triste que perplexe.

    *

    * * *

    Les aventures de Tom Sawyer--Marc TwainÀ la radio, l’autre jour, Rebbeca M. parlait de la ré-édition de Tom Sawyer. Nouvelle traduction. Plus proche des “vrais mots” qu’aurait pu dire ce gamin du sud des États-Unis. De lui, je ne connaissais que le dessin animé et son visage un peu mangaïsé. Il courait sur les berges du Mississipi et Tom Sawyer c’était vraiment un ami. La couverture était plutôt jolie et bien que le libraire ait paru un peu désabusé à l’idée de cette lecture, je l’ai ramené à la maison (Tom, pas le libraire). Il m’a accompagné un petit bout de temps et c’était bien agréable. Inutile de s’y plonger des heures durant, un petite séance, comme ça, juste avant de se coucher, une aventure et au lit.

    *

    * * *

    Depuis le début de l’année, un vieux monsieur à bonnet vend ses produits. Butternut à un euro le kilo. Du chou aussi. Et des pommes de terre. La nostalgie me guettant plus que sévèrement, je prépare des plats régressifs. De la purée. Celle dans laquelle on façonnait des routes et des volcans. Comme je suis un peu plus grande qu’hier, cette purée je l’ai faite moi même avec ce que j’ai et aime : de la purée au butternut avec de la kikkoman pour faire la lave.

    Volcan sans jus par vous

     

    • Un petit butternut
    • Autant de pommes de terre
    • Sauce Kikkoman

    . Préchauffer le four à 200°

    . Couper le butternut en deux dans la longueur et éppepiner.

    . Enfourner avec un petit bol d’eau jusqu’à ce que le butternut soit cuit (la pointe du couteau s’enfonce)

    . Faire cuire les pommes de terres (eau ou vapeur, peu importe)

    . Écraser les deux sortes de légumes ensemble.

    . Servir tel quel.

    La Kikkoman relève vraiment bien le gout de noisette du butternut.

    *

    * * *

    Il y a quelques temps, la fille aux doigts d’or a lancé un appel depuis son blog : qui veut de la boite à sardines ? Moi bien sur. Le septième est un lieu peu fréquenté, mais si vous aussi vous souhaitez partager cette jolie expérience du colis inconnu provenant d’une personne un peu connue et un peu inconnue, je serais très heureuse de vous envoyer des bouts de septième. Avis au trois premiers commentateurs !

    EDIT : J’ai bien sur oublié de vous précisez que, pour les teneurs de blogs tout du moins, l’idée est que vous poursuiviez le jeu en proposant vous-même des envois surprise !

    EDIT Bis : Et bien voilà, j’ai mes trois colis ! Merci à La Mangue, Nathalie et Patoumi de s’être prêtées au jeu ! J’ai une petite pression là quand même !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je la quitte le matin pour le retrouver.

    Il est toujours là, serein, solide, sur de son importance.

    Elle ne m’en veut pas et comprend.

    Bonne béquille, elle m’expliquait s’être lassée de ce rôle.

    Elle voulait que nos relations ne soit plus mêlées de culpabilité, de regret et de compensation.

    Je la comprend.

    Lui se trouvait délaissé. Pas à sa place. Il le vivait mal.

    Alors lui, elle et moi avons décidé de nous réorganiser.

    Il a accepté de partir. De déménager. Essayer de voir si cela améliorait la relation.

    Après deux mois d’essai le bilan est très positif. Il a bien fait de s’en aller.

    Mon bureau a déménagé.

    Loin de ma cuisine.

    Je passe plus de temps avec lui. Bien sur.

    Elle ne me tente plus.

    On se retrouve elle et moi le soir.

    *

    *   *

    L’été est passé si vite. À peine le temps d’avoir chaud.

    L’autonome s’éclipse déjà. Même pas le temps de profiter de leurs cheveux flous. Ils sont déja presque chauve.

    L’hiver nous espionne en tapinois. Saupoudre les sommets. Mettez moi un potimarron.

    *

    *   *

    Interlude musical.

    Il fait chaud.

    DSC_0048.jpg par vous

    Personnes sur ces routes d’habitude si fréquentée.

    On mange la célèbre tarte locale.

    C’est la fin des vendanges, visite de la cave d’un ami.

    Les oranges vertes de l’année dernière sont presque à maturité. Le soleil nous éblouit. On fait des pizzas. Le vin coule.

    Fête de la châtaigne, les jambes nues sous la robe.

    DSC_9988.jpg par vous

    *

    *   *

    Le photographe du septième a un peu perdu le coup de main. Il peaufine sa technique, participe à un concours, se dessine en photo. Rencontre avec l’homme des livres. Les assiettes sont un peu mises de coté.

    On est un peu rouillé du blog. C’est un peu comme une grippe, ou un rhume.

    *

    *   *

    Alors voilà, pour se dérouiller, une vieille recette avec photos et une nouvelle sans photos.

    Les crakers multi graines de Scally et de Peter Reinhart

    J’avais repéré cette recette. Gros manque de crakers/cheddar – crakers/beurre/marmite. Ces petits biscuits sont très fins et rudement croquants.

    Cracker (II) par vous

    Reprise à l’identique, elle donne des résultats dignes de compenser les envies les plus pressantes.

    Là voici :

    Pour 50 crackers (j’ai légèrement diminué les proportions)

    50 g de graines (sésame, pavot, lin, courge, tournesol …)
    50 g de farine de seigle
    90 g de farine T 80
    ¾ cuil. à café rase de sel (5 g)
    2,5 cuil. à soupe d’huile de sésame
    15 cl d’eau environ

    - Préchauffer le four à 150°

    - Mixer les graines, les farines et le sel.

    - Ajouter l’huile et l’eau progressivement, jusqu’à la formation du boule de pate.

    - Étaler très très finement cette pâte (le mieux est de placer la pate entre deux films.

    - Découper des rectangles dans la pâte (pour se faciliter les choses, j’ai suivi l’exemple de Scally en découpant des bandes de pâte, redécoupées en rectangle)

    - Enfourner pour 15 minutes.

    - Laisser refroidir … et conserver dans une boite hermétique.

    Le Houmous vert – Nourriture sauvage pour personne pressée

    Pour un apéritif avec 6 personnes, sachant qu’il y a plein d’autres petits trucs à manger (ou pour 2 en plateau télé)

    200 g de petits pois surgelés
    1 gousse d’ail
    1 grosse cuillère à soupe de purée d’amendes complète
    1 poignée d’amendes
    1 cuillère à soupe d’huile d’olive
    1 filet de jus de citron
    1 cuillère à soupe de menthe surgelée

    - Dans un bol, mettre les petits pois avec un peu d’eau. Faire chauffer au microondes puissance maximale pendant 1minute. Vérifier que les petits pois sont encore un peu congelés et surtout pas chauds.

    - Retirer le germe et presser la gousse d’ail

    - Dans une poêle, torréfier les amendes, saupoudrées d’un peu de sel fin.

    - Mixer les amendes, la menthe, l’ail et les petits pois puis détendre avec le jus de citron, la purée d’amendes et l’huile d’olive

    Très bon sur les petits crackers.

    *

    *   *

    Les chéchés, je n’ai pas eu le temps de tester les petits sablés … Promis, je vous en dirais des nouvelles dès que le parmesan aura fait son retour au septième.

    Mémoire olfactivePeau sucrée par vous

    Les oreillers du lit de ses parents,

    La peau de sa petite sœur,

    La fumée sucrée et vanillée de la pipe,

    Les cahiers neufs,

    Le bois ciré du buffet de l’entrée,

    Le cigarillo,

    Les draps de son lit d’enfant,

    Le fart des skis dans la chaufferie du chalet,

    Les roses de la maison de mes grands-parents,

    L’Old Spice,

    La fleur d’oranger des gâteaux au yaourt,

    L’air pur et fumé du plateau du Vercors,

    Le malibu sur cette robe,

    Le parfum d’intérieur de ses parents,

    Shalimar.

    Ses cheveux.

    Fragrances précieuses. Imprimés inconscients. Petites miettes téléportatrices vers nos meilleurs – ou pires – souvenirs. L’essentiel s’y résume. Fumet intime, impossible à partager, mais que l’on aimera évoquer tout de même.

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    Il est 6 h. du matin. La radio s’allume. Les jeux olympiques. Encore.

    Un pied, deux, quatre. Debout. Café ? Non, thé s’il te plait.

    Voiture. Nous prenons la route des vacances. Celle qui passe par Lus-la-croix-haute. Il y a toujours plein de camions. Un peu moins maintenant. Avec l’autoroute. Virages en foret.

    Nous nous arrêterons avant. Gresse-en-Vercors.

    Ascension du Grand Veymont.

    Grand Veymont par vous

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    Elle n’était pas là pour longtemps. Entre deux – quatre – dix destinations (Kerouac – le fado – Bergman – pourquoi pas Pinault ? ) ils ont finalement opté pour les Štrukli et les lacs de Plitivice.

    Elle n’était pas là pour longtemps, alors il fallait faire un peu vite, et surtout bien, parce qu’un bon repas en dit plus long que de trop nombreuses interrogations.

    La figue était moelleuse et duveteuse, la tomate sucrée, la mozzarella relevée, la tome de chèvre puissante, la courgette gelée, l’umebosis salée, la carotte anisée, le caramel italien.

    En tailleur sur le canapé.

    DSC_7311.jpg par vous

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    Il est des livres dont on sait qu’ils nous arriveront dans les mains. Ce que l’on ignore, c’est quand.

    Apprendre à finir a été couronné du prix du livre Inter. En 2001. J’ai la quasi certitude de l’avoir commencé. J’avais sans doute du le voir dans la bibliothèque de ma mère, feuilleté, comme ça, un peu debout, un peu une jambe repliée sur le genoux de l’autre. Et puis non.

    Dans la librairie, ce livre est redescendu de mes souvenirs. Cela convenait à la situation, Apprendre à finir.

    *

    **

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    J’ai fait un rêve où il était question d’agrégation et d’épreuve de 24 heures. Les sujets étaient les suivants “la finitude du temps” et “la révolution de l’écriture”.

    Apprendre à finir. Écrire même si ce n’est pas aussi bon que je le souhaiterais. Écrire même si l’on a pas tout lu. La thèse avance depuis. Beaucoup mieux. Je crois.

    Comme les vases communicants, ce qui occure ici n’advient plus là. Je continue à  visiter vos cuisines, sur la pointe des pieds. J’admire votre constance. Vos belles réussites. Et puis le temps passe et je pense à ce que je pourrais vous dire.

    ” Écoute aujourd’hui ça va plutôt bien, j’ai du lire quarante pages de mon bouquin “.

    Je lis, je lis et je lis.

    Alors voilà, cet été, je vous ferai surtout partager des lectures.


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