Chère P.,
J’ai trouvé ce matin sur mon bureau ta lettre. Bien que ne m’étant pas destinée, je n’ai pas pu résisté à l’idée de l’ouvrir et de la lire. Bardée de culpabilité, je me suis assise n’importe comment sur l’accoudoir de ma chaise et ai déchiré un peu brutalement la belle enveloppe. M’en suis encore plus voulue. La fiction me permet néanmoins d’affirmer que P. ne le verra pas et que, comme la lettre se trouvait à la vue du plus grand nombre, tu ne m’en voudras pas trop non plus.
Une agréable odeur de tomates farcies s’en est dégagée, m’offrant ainsi une nouvelle obsession culinaire. Oui, cela fait longtemps que je n’ai pas pris la peine de vous raconter tout ça, mais au cours de ces derniers mois, de drôles de choses se sont passées. Figure toi que je suis prise d’envies inconsidérées de certains plats … que je me fais un plaisir de ne pas préparer. Pêle-mêle, il y a eu :
- le ceviche mangue et avocat du Mexique – pourvu de goût que sur une plage -,
- les rouleaux de printemps du C. L. – seulement si l’on est bien accompagné -,
- la fondue de la rentrée – que je voulais à tout prix manger devant l’ordinateur, en visioconférence avec mon oncle -,
- les vrais hamburger – j’ai gardé un milliard de recettes sur delicious ; les ai visionnées autant de fois. Étais tenaillée entre un appétit incroyable et une sclérose redoutable. On m’a récemment appris qu’un restaurant de vrais hamburger digne des frères Cohen était caché à deux minutes de la maison. J’ai délaissé les fiches recettes.
- les lasagnes du meilleur traiteur italien. Un dénommé Super ravioli. Au début j’étais sceptique. J’en suis devenue fanatique.
- un gratin dauphinois – il bullerait généreusement dans le four, je le ferais refroidir puis réchauffer au micro-ondes deux jours plus tard. So junk, so good.
- le poulet – tout simple, du genre qui développerait un parfum à embaumer tout le pallier et qui ferait presser le pas de S. sortant de l’ascenseur.
- les cannelés – encore tièdes, croquants et moelleux comme ils se doivent. À boire avec un café rose-gris brillant.
Autant te rassurer – ou à tout le moins vous retirer un doute – aucun heureux et étrange événement ne se prépare. Et pourtant, je suis saisie de fixettes. Et c’est précisément le fait que cela soit des fixettes qui me plait. Un peu comme ce manteau que tu as essayé et ré-éssayé. Sauf que dans l’histoire, il ne se retrouve pas sur mon dos.
Cet état de fait a duré un moment, jusqu’à ce que, ayant terminé la pitanalyse et n’en pouvant plus de tant de repas de Peter pan, j’ai débuté un processus d’assouvissement.
- Poulet – c’est fait. Ai commandé à un ami dont les parents ont une ferme antigouvernementale dans la Drôme une “grise du Vercors”. Poulette délicieuse. Chaire tendre et peau craquante obtenue par gommage au gros sel et au citron. Dévorée avec des frites au four impeccables (entendre : étroites, sans graisse et croustillantes). Restes dans une chicken Ceaser salade. Carcasse utilisée pour bouillon de petites pâtes régressif.
- Rouleaux de printemps – c’est fait. Avec ma mère, P. et S. Délicieux, comme toujours avec eux. N’aurais pas dû rajouter du poulet au bambou et champignons noirs.
- Fondue – done. Avec S. un soir, impulsivement. Pas de skype, mais excellente tout de même. Dommage que le sol soit si sec qu’il n’y ait encore aucun champignon.
- Lasagnes – Oui ! Je craignais d’avoir tellement attendu et fantasmé qu’elles ne soient pas aussi parfaites que je le souhaitais. Craintes évanouies. À se dissuader pour la vie d’en faire chez soi.
- Cannelés – aussi. Ai finalement investi dans une plaque de petits moules. Il a fallu attendre 24 heures, mais c’était terrible.
Restent les vrais hamburger, le gratin et le ceviche. Achat de deux avocats et d’une mangue la semaine dernière, mais n’ai pas le gout de faire un ceviche sans le bruit de la mer. Idée abandonnée. Vrais hamburger. Ai testé un nouveau restaurant. C’était une erreur. Pour le gratin, hâte d’être à jeudi.
Tu vois, aujourd’hui, ça va plutôt mieux. J’ai vraiment entamée une phase de rémission, peut-être aurais-je le courage d’alimenter la fenêtre sur cuisine ? À voir.
Je lis avec toujours autant d’attention vos nouvelles. Votre week-end m’a enchanté. Les cartes postales estivales et son voyage au japon tout autant. Ravissement devant la boite à sardines rouge. J’ai découvert aussi le site d’Aki. Si tu as le temps et que tu n’es jamais allée chez elle, je te conseille d’y faire un petit tour. Elle est en ce moment au japon et sa chronique est merveilleuse.
Dans ta lettre, tu évoques un nombre vertigineux de films. J’ai hâte que ma soeur se saisisse à son tour de ta correspondance pour que nous en discutions ensemble. Je demeure éternellement novice et t’avoue que, comme le cinéma c’est vraiment son truc, j’ai peine à m’immiscer dans cette passion. Nous avons souvent ri des petits films russo-norvegiens d’une imaginaire Nadia de Gourgousoff devant lesquels elle tombait en pâmoison. Pour autant, cela évolue aussi de ce côté là puisque S. et moi avons décidé de prendre une carte de cinéma cette année. J’imagine bien que ce n’est pas dans les immenses salles du multiplex que je pourrais voir les Rohmer etc., mais il est au moins possible de visionner des films comme Rien de personnel ou Mary & Max.
J’ai bien noté tes conseils cinématographiques. Vais demander à S. de les emprunter à la médiathèque. Je ne peux malheureusement pas le faire moi-même, depuis que, en troisième, j’ai refusé de rendre un Que sais-je sur la guerre froide. Don’t ask.
J’ai déjà trop écrit pour que tu n’ai pas sauté de nombreuses lignes.
Je t’embrasse,
Embrasse de ma part Mingou, P., les chéchés, Gracianne, Sarah-Louise et les autres,
Au plaisir de te lire encore encore,
7.
P. S. : Je te raconterai pour les films.
P. P. S. : Ci-joint deux plaques de chocolat noir. Elles viennent de l’usine V. Celle-ci se trouve dans un bled incroyable de la Drôme ou de l’Ardêche, je ne sais plus. L’une est aux épices, l’autre aux écorces confites d’oranges. J’espère que tu les aimeras autant qu’Anne et moi.
P. P. S. : On m’a offert le même petit cahier Mme Mo. Quand je pense à toutes ces ressemblances, je me dis que l’on ne doit pas être seules à aimer les cheese-cakes, les beaux crayons de couleurs, les noeuds et Marguerite. Syndrome natation sychronisée. Je ne sais pas si j’aime ça ou si cela me terrifie.
P. P. P. S. : Je ne voulais pas te quitter sans te parler de La lamentation du prépuce de Shalom Auslander, et, du même auteur, Attention, Dieu méchant. Désopillants.
P. P. P. P. S. – et c’est le dernier promis : écoutez-vous l’émission de G. Gallienne le samedi en fin d’après-midi sur Inter ? J’ai jubilé en entendant ses lectures de Proust.
À la campagne, il m’arrivait de siroter un lait-fraise. Boisson inexistante depuis et qui, même à l’époque, était inexistante partout ailleurs que chez mes grands-parents.























Vous vous promenez appareil photo en bandoulière et ramenez de jolis trophées. J’aimerais passer, si ce n’est la fin de mes jours, du moins la fin de ce jour dans les arbres que vous prenez en photographie. Perchée, comme le baron. De blogs en blogs, d’arbre en arbre, j’irai en Allemagne et puis en Grande-Bretagne et au Canada. Je dégusterais les petites merveilles locales, celles que vous glisseriez dans un panier et que je récupérerais avec une corde. Dans mes rêves, il y aurait
Je rêve de maisons et d’appartements vendus. De terrasses sur lesquels nous avions l’habitude de croquer dans des tranches de baguettes grillées. Celles sur lesquelles le beurre bien froid fondait délicatement. De vignes où l’on se cachait. D’un saule pleureur avec une balançoire dessous. Je respire le parfum des roses de dessous l’escalier et celui des petites fleurs dans l’allée de la piscine. Le grand figuier. Tout ces lieux où nous n’irons plus. Tout ces visages, définitivement perdus. Le temps s’écoule inéluctablement. Me laissant aussi triste que perplexe.
À la radio, l’autre jour, Rebbeca M. parlait de la ré-édition de Tom Sawyer. Nouvelle traduction. Plus proche des “vrais mots” qu’aurait pu dire ce gamin du sud des États-Unis. De lui, je ne connaissais que le dessin animé et son visage un peu mangaïsé. Il courait sur les berges du Mississipi et Tom Sawyer c’était vraiment un ami. La couverture était plutôt jolie et bien que le libraire ait paru un peu désabusé à l’idée de cette lecture, je l’ai ramené à la maison (Tom, pas le libraire). Il m’a accompagné un petit bout de temps et c’était bien agréable. Inutile de s’y plonger des heures durant, un petite séance, comme ça, juste avant de se coucher, une aventure et au lit.









J’ai fait un rêve où il était question d’agrégation et d’épreuve de 24 heures. Les sujets étaient les suivants “la finitude du temps” et “la révolution de l’écriture”.