Cela sent pareil qu’avant. Et c’est propre. Sauf les verres qui ont été rincés rapidement, sans doute un peu négligemment. J’en suis dégoutée et m’en veux, mais refuse toutefois le jus d’orange qu’elle me propose. Je me dirige subrepticement vers la cuisine et jette un regard rapide dans le frigo. Du fromage de chèvre, des fraises au sucre, de la bombe chantilly (en quantité impressionnante), du jambon, des yaourts. Façon de prendre la température des occupants de l’appartement, à leur insu, sans les fliquer. J’adopte les réflexes d’usage avant le naufrage. Une apparence de normalité.
Nous sortons, il me prend le bras, s’y accroche un peu. Je sens bien qu’il est content de nous voir. Mais il ne me le dira pas. Il s’est – un peu trop – habillé pour l’occasion : costume, cravate, raie sur le coté. Il présente bien, mais a tellement maigri. A table, il s’étouffera. Nous sommes gênés. Moi pour lui et lui pour lui, peut être pour moi aussi. Le malaise terrible de se sentir partir, tout en étant encore là. Lui qui s’est tellement venté de ne pas aimer la vie semble avoir peur de la mort. J’aurais pensé qu’il voudrait cesser ce lessivage. Il nous aurait réuni pour nous faire part de ce choix, aurait confié à mon père les clés. Nous aurions été tristes et sereins. Cela aurait évidemment été plus facile. Pour ceux qui restent. Il ne choisit pas sa mort, mais je ne suis pas certaine qu’il choisisse encore sa vie.
Elle s’est faite coiffée la veille. Sur le chemin du restaurant, elle insiste pour “passer dire bonjour” à la jeune femme méchée et habillée en blanc qui s’occupe habituellement d’elle. Semblant de vie sociale. J’ai l’impression que nous marchons sur son quotidien. Plus tard, dans la voiture, je me moquerai de cet épisode. Vague malaise. Elle se fait du soucis pour lui et l’engueule. Mais alors que la conversation s’engage sur Benoît XVI, elle s’enfonce dans ses souvenirs, cohérents mais redondants. Dans lesquels jamais ses enfants n’apparaissent. L’Espagne et les Espagnols, son court passage au consulat d’Argentine (sans aborder la situation politique d’alors) et les traditionnelles déclinaisons racistes. J’ai la chance de figurer dans son album de souvenirs. Des sorties d’école au gout de mandarine. Elle a un analzaïmère, le sait, mais ne veut dépendre de drogues. Elle s’angoisse de convocations qui n’ont jamais eu lieu. S’angoisse pour le contrat de travail de la dame qu’elle nous montrera quatre fois, et rangera cinq.
Ils dérivent. “Non, mais physiquement ça va”.
Pour l’heure, j’apprends à recenser dans mon livre intérieur les doux moments. Ceux dont j’espère me souvenirs plus tard, lorsque peut être, mes petits enfants viendront me visiter et qu’alors je ne serais plus tout a fait ici ni tout a fait ailleurs. Laissant mon destin à la providence. Cette tarte au amandes et au citron m’ancre dans une réalité de soulagement. Je la partage avec ceux qui n’ont aucune idée de ce qu’elle représente. Cela l’allège d’autant.
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La tarte au citron et aux amandes de P.
- Pour la pâte sucrée (vous en aurez probablement un peu trop) :
- Farine – 250 g
- Beurre salé – 150 g
- Sucre – 90 g
- Lait – une giclée
- Pour la préparation
- Amandes réduites en poudre grossière – 100 g
- Citron – Le jus de 3 gros (et s’ils sont bio … avec leurs zests)
- Oeufs – 3
- Sucre – 150 g
- Beurre salé – 125 g
- Concrètement
- Mélanger tous les ingrédients pour la pâte
- Faire reposer la pâte. Il parait que 4 h s’imposent. Dans mon temps, cela fait 30 minutes
- Pendant ce temps, mixer les amandes puis mélanger les ingrédients de la préparation
- Foncer un moule et faire précuire le fond de tarte pendant 7 à 8 minutes à 180° (en pensant à recouvrir de papier sulfurisé alourdi pas des poids chiches secs ou autres)
- Ajouter ensuite la préparation et poursuivre la cuisson pour 20 à 25 minutes.
























Vous vous promenez appareil photo en bandoulière et ramenez de jolis trophées. J’aimerais passer, si ce n’est la fin de mes jours, du moins la fin de ce jour dans les arbres que vous prenez en photographie. Perchée, comme le baron. De blogs en blogs, d’arbre en arbre, j’irai en Allemagne et puis en Grande-Bretagne et au Canada. Je dégusterais les petites merveilles locales, celles que vous glisseriez dans un panier et que je récupérerais avec une corde. Dans mes rêves, il y aurait
Je rêve de maisons et d’appartements vendus. De terrasses sur lesquels nous avions l’habitude de croquer dans des tranches de baguettes grillées. Celles sur lesquelles le beurre bien froid fondait délicatement. De vignes où l’on se cachait. D’un saule pleureur avec une balançoire dessous. Je respire le parfum des roses de dessous l’escalier et celui des petites fleurs dans l’allée de la piscine. Le grand figuier. Tout ces lieux où nous n’irons plus. Tout ces visages, définitivement perdus. Le temps s’écoule inéluctablement. Me laissant aussi triste que perplexe.
À la radio, l’autre jour, Rebbeca M. parlait de la ré-édition de Tom Sawyer. Nouvelle traduction. Plus proche des “vrais mots” qu’aurait pu dire ce gamin du sud des États-Unis. De lui, je ne connaissais que le dessin animé et son visage un peu mangaïsé. Il courait sur les berges du Mississipi et Tom Sawyer c’était vraiment un ami. La couverture était plutôt jolie et bien que le libraire ait paru un peu désabusé à l’idée de cette lecture, je l’ai ramené à la maison (Tom, pas le libraire). Il m’a accompagné un petit bout de temps et c’était bien agréable. Inutile de s’y plonger des heures durant, un petite séance, comme ça, juste avant de se coucher, une aventure et au lit.









J’ai fait un rêve où il était question d’agrégation et d’épreuve de 24 heures. Les sujets étaient les suivants “la finitude du temps” et “la révolution de l’écriture”.